La gazette

Sunday 6 March 2016

LA GAZETTE – QUOTIDIEN DU FESTIVAL

Troisième Bureau poursuit son partenariat avec le département Arts du spectacle de l’Université Stendhal, en confiant à des étudiants le soin de réaliser la gazette quotidienne de Regards croisés, au sommaire de la quelle vous trouverez : des entretiens avec les auteurs et traducteurs ; des approfondissements thématiques ; des articles de fond ; des points sur les rendez-vous passés et à venir ; quelques informations de dernière minute ou encore des billets d’humeur…

Pour accompagner les étudiants dans cette tâche et assurer un cadre pédagogique, nous avons demandé à l’auteur Romain Nicolas d’en être le rédacteur en chef.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ROMAIN NICOLASromain

Après une formation en Arts du spectacle à l’Université Stendhal et à la HdK de Berlin, il suit le master mise en scène et dramaturgie de Nanterre. Il a été le collaborateur artistique de G. Lévêque, Y. Beaunesne, G. Milin et A. Françon. De 2003 à 2009, il travaille au conseil littéraire de la Colline. De 2012 à 2014, au TNS, il coordonne la politique des relations publiques en direction des secteurs de l’enseignement, puis des publics spécifiques. Il a été rédacteur en chef pour la revue électronique de la Colline et pour le quotidien du Festival Premières (TNS/Maillon). Metteur en scène, il a monté Félix de R. Walser à la MC93, Chantier HLA, à la Colline, Europe the Night à Mains d’Œuvres et intègre en 2014 la compagnie FC (Strasbourg).

 

Directeur de la publication : Bernard Garnier

Rédacteur en chef: Romain Nicolas

Comité de rédaction : Berverly Bonnier, Léo Bourgeaon, Marie-Lou Coupat, Célia Darnoux, Fanny Hermant, Romain Mourges, Pauline Musco,étudiants en Arts du spectacle

Maquettiste : Émilie Saint-Père

gazette 2015

Saturday 20 June 2015

gazette

TROISIÈME ŒIL QUOTIDIEN DU FESTIVAL
Troisième bureau poursuit son partenariat avec le département Arts du spectacle de l’Université Stendhal, en confiant à quelques étudiants le soin de réaliser Troisième œil, la gazette quotidienne de Regards croisés, au sommaire de la quelle vous trouverez : des entretiens avec les auteurs et traducteurs ; des approfondissements thématiques ; des articles de fond ; des points sur les rendez-vous passés et à venir ; quelques informations de dernière minute ou encore des billets d’humeur…
Pour accompagner les étudiants dans cette tâche et assurer un cadre pédagogique, nous avons demandé à Quentin Bonnell d’en être le rédacteur en chef.

Directeur de la publication : Bernard Garnier
Comité de rédaction : Haïssa Boukehil, Mathias Bossan, Célia Darnoux,
Christophe Lugiet, Isaline Nitshe, Chloé Soufflet, étudiants en Arts du spectacle avec la complicité de Marie Sibeud et Magali Mougel
Maquettistes : Magali Lallemand, Émilie Saint-Père, étudiantes à Supcréa

 

gazette-v18-1Troisieme Oeil 2 - copie

 

 

 

 

 

 

 

gazette3-v6-1

gazette4-v2-p2-19h10-1

gazette5

QUENTIN BONNELL
Après une formation en Arts du spectacle à l’Université Stendhal et à la HdK de Berlin, il suit le master mise en scène et dramaturgie de Nanterre. Il a été le collaborateur artistique de G. Lévêque, Y. Beaunesne, G.  Milin et A. Françon. De 2003 à 2009, il travaille au conseil littéraire de la Colline. De 2012 à 2014, au TNS, il coordonne la politique des relations publiques en direction des secteurs de l’enseignement, puis des publics spécifiques. Il a été rédacteur en chef pour la revue électronique de la Colline et pour le quotidien du Festival Premières (TNS/Maillon). Metteur en scène, il a monté Félix de R. Walser à la MC93, Chantier HLA, à la Colline, Europe the Night à Mains d’œuvres et intègre en 2014 la compagnie FC (Strasbourg).

La gazette 2013 / L’Agit-presse

Tuesday 30 April 2013

Retrouvez chaque soir la Gazette du festival, quatre à huit pages d’interviews, de commentaires, de portraits… réalisés par les étudiants en L3 arts du spectacle sous la conduite de Pauline Peyrade, auteure, et avec la complicité du photographe Jean- Pierre Angei.

>>Télécharger l’Agit-presse du 13 mai<<

>>Télécharger l’Agit-presse du 14 mai<<

>>Télécharger l’Agit-press du 15 mai<<

>>Télécharger l’Agit-press du 16 mai<<

>>Télécharger l’Agit-press du 17 mai<<

>>Télécharger l’Agit-press du 18 mai<<



Pauline Peyrade a étudié la dramaturgie et la mise en scène à la Royal Academy of Dramatic Art (Londres), puis les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle. En 2012, elle intègre l’ENSATT en écriture Dramatique. Auteure de plusieurs textes, elle co-écrit le scénario de Trois coeurs pour battre (court-métrage), lauréat G.R.E.C en 2012. La même année, elle fonde la revue « le bruit du monde revu(e) », avec Pauline Thimonnier et Clémence Bordier. Elle prépare une thèse de doctorat sur la dramaturgie de l’acteur, sous la direction de Jean-Pierre Ryngaert. Chargée de cours à Paris 3, elle enseigne aussi à Sciences Po Paris et anime des ateliers d’écriture à la Ménagerie – théâtre francophone de Berlin.

Jean-Pierre Angei, photographe franco-italien, est né à Marseille en 1968. Après des études en génie civil, il s’oriente vers sa passion en 1993, et suit une formation photographique. Son travail s’inscrit dans une démarche documentaire à la frontière du courant humaniste et photographie d’art. Ses projets photographiques ont fait l’objet de plusieurs expositions dont celles aux rencontres internationales de photographie d’Arles en 2009 et Le Bal à Paris en 2011.

PARTENARIAT AVEC L’UNIVERSITé STENDHAL GRENOBLE 3

En amont du festival, les étudiants en L3 arts du spectacle travaillent en comité de lecture avec Marie Bernanoce, maître de conférences, sur les pièces du festival.

PARTENARIAT AVEC L’ENSATT

ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES ARTS ET TECHNIQUES DU THÉÂTRE

Département d’écriture dramatique

Nous accueillons régulièrement les (jeunes) écrivains du département d’écriture de l’Ensatt au festival Regards croisés. Cette implication dans des festivals dédiés aux écritures contemporaines est un des prolongements du travail d’écriture solitaire comme l’est le comité de lecture de l’école qu’anime l’auteur Thibaut Fayner à partir d’un choix de pièces proposées par Troisième bureau.

La gazette de Regards croisés 12

Friday 9 March 2012

LA GAZETTE DE REGARDS  CROISÉS

Partenariat avec l’université Stendhal Grenoble 3

Le collectif artistique Troisième bureau développe des échanges avec l’université de Grenoble autour des écritures théâtrales contemporaines en proposant aux étudiants de s’impliquer dans un événement de dimension internationale au sein d’une équipe professionnelle. Depuis 2003, des étudiants en licence arts du spectacle ou en master de théâtre européen participent au comité éditorial de la gazette du festival en compagnie d’un auteur, cette année Guillaume Poix. Ce partenariat se construit en amont avec l’ensemble des étudiants de L3 par un travail de comité de lecture conduit par Marie Bernanoce, sur les pièces du festival.

> Ça gazouille – la gazette du  22

> Ça gazouille – la gazette du  23

> Ça gazouille – la gazette du  24

> Ça gazouille – la gazette du  25

> Ça gazouille – la gazette du  26

GUILLAUME POIX

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), actuellement élève à l’ENSATT en écriture dramatique, Guillaume Poix réalise une thèse en études théâtrales à Paris X guillaume-poixsous la direction de Christian Biet. Il est l’auteur d’un article pour la revue Europe publié en Octobre 2011 et consacré à l’œuvre de Jean-Claude Grumberg, autour duquel il articule ses travaux de recherches. Au cinéma, il collabore régulièrement avec Claire Simon (notamment sur Les Bureaux de Dieu (2008) et Nicole Garcia.


Guillaume Poix accompagne les étudiants dans la réalisation quotidienne de la Gazette du festival et collabore à la coopérative d’écriture.

la gazette du festival – 11

Saturday 22 January 2011

La gazette du mardi 24 mai

La gazette du mercredi 25 mai

La gazette du jeudi 26 mai

La gazette du vendredi 27 mai

La gazette du samedi 28 mai

LA GAZETTE DU FESTIVAL

Partenariat avec l’université Stendhal Grenoble 3

Le collectif artistique Troisième bureau développe des échanges avec l’université de Grenoble autour des écritures théâtrales contemporaines en proposant aux étudiants de s’impliquer dans un événement de dimension internationale au sein d’une équipe professionnelle. Depuis 2003, des étudiants en licence arts du spectacle ou en master de théâtre européen participent au comité éditorial de la gazette du festival en compagnie d’un auteur, cette année Laura TIrandaz. Ce partenariat se construit en amont avec l’ensemble des étudiants de L3 par un travail de comité de lecture conduit par Véronique Labeille, sur les pièces du festival.

Les étudiants en 3e année de licence arts du spectacle de l’université Stendhal

Léa Girod, Emeline Massip, Estelle Moulard, Ludivine Martin, Xing Wei.


LAURA TIRANDAZ

Laura Tirandaz intègre la classe d’interprétation du Conservatoire de Grenoble dirigé par Philippe Sire et joue sous la direction de Chantal Morel, Laurent Pelly et Jacques Vincey. En 2007, elle crée la compagnie Variations puis écrit et met en scène Variation I : Le Fils au Théâtre de Création. Elle joue sous la direction de Natacha Dubois (Le Dieu Bonheur de Heiner Müller) et Fabien Palin (Mise à nue de Lucie Pingréonn) et poursuit en parallèle son master théâtre européen à l’université Stendhal de Grenoble. En 2009, elle intègre le département Écriture de l’ENSATT dirigé par Enzo Cormann. Elle participe à l’écriture du spectacle Le décalogue, mis en scène par Philippe Delaigue, Olivier Maurin et Johanny Bert à l’ENSATT. Elle joue dans Le lac des Cygnes écrit et mis en scène par Judicaël Jermer. En 2010, elle est auteur-invité au festival On n’arrive pas les mains vides de Villard-Reculas.

Laura Tirandaz accompagne les étudiants dans la réalisation quotidienne de la Gazette du festival et collabore à la coopérative d’écriture.

La gazette du festival 10

Sunday 9 May 2010

301c2a9j_p_-angei03_06_10

La gazette du 28 et 29 mai

Celle du 1er et 2 juin

Celle du 3 et 4 juin

Et celle du 5 juin


Partenariat avec l’université Stendhal Grenoble 3

3e année de licence Arts du spectacle

Le collectif artistique Troisième bureau développe des échanges avec l’université de Grenoble autour des écritures théâtrales contemporaines en proposant aux étudiants de s’impliquer au sein d’une équipe professionnelle dans un événement de dimension internationale. Depuis 2003, des étudiants en licence arts du spectacle ou en master théâtre européen sont sollicités pour rédiger la gazette du festival.

Ce partenariat se construit en amont avec l’ensemble des étudiants de L3 par une étude de l’œuvre d’un des auteurs du festival dirigée par Luc Boucris, professeur responsable du master théâtre européen, et un travail de comité de lecture mené par Marie Bernanoce, maître de conférences, sur les pièces du festival. Le compte-rendu de ces travaux fait l’objet d’éditions spéciales dans la gazette.

Les étudiants de 3e année de la licence arts du Spectacle de l’université Stendhal entretiennent une triple relation avec le Festival : un comité de lecture sur le programme du Festival, un dispositif de lecture approfondie de l’œuvre d’Enzo Cormann et enfin la rédaction de la gazette, le tout, bien entendu, étant organisé en collaboration étroite entre Troisième bureau et les enseignants de l’Université. Luc Boucris

Quand on propose à des étudiants de parler ensemble des pièces parmi lesquelles faire un choix, pas seulement dans l’analyse mais aussi dans l’intime, alors cela change tout ! Partir de l’intime et de la réaction première, pour mieux les dépasser, c’est ouvrir les voies de l’analyse et pas l’inverse. Au bout du parcours, le coup de cœur final représente moins une réponse qu’une accumulation de questions, restées suffisamment ouvertes pour donner envie d’autres lectures. Bien sûr, une place aura été faite à des réponses, courants esthétiques, types de dramaturgie, mais l’essentiel aura été recherché : le désir. Marie Bernanoce

Pour cette dixième édition, sous la houlette des auteurs Thibault Fayner et Samuel Gallet, les étudiants en 3e année de licence Arts du spectacle vont réaliser chaque jour la gazette 2010, sous forme d’interviews, de portraits ou de cartes blanches, avec la complicité des jeunes auteurs du département d’écriture de l’ENSATT et du photographe Jean-Pierre Angei.

Les étudiants en 3e année de licence arts du spectacle de l’université Stendhal
Angélique Andreaz, Ican Badilla, Laure Barton, Marion Bertrand, Angélique Betemps, Charles Boinot, Myrtille Brel, Manon Bouffard, Clémént Boulanger, Malvina Bovas, Julie Bruant, Florie Clochard, Jessica Constantin-Fabre, Nadège Constantint-Fabre, Jeevitha Doucet, Floriane Dupont, Marion Fandre, Élodie Fargier, Fanny George, Aurore Girard, Marine Gral Dalby, Manon Josserand, Noémie Ladouce, Simon Lapierre, Fanny Lejemble, Mélody Lespine, Arthur Lezer, Michal Maler, Tiphaine Marq, Mélissa Marron, Angélique Marseille, Ludivine Martin, Camille Motte, Margot Pallen, Maréva Pelletier, Anne Perraud, Marie Rancillac, Pierre Reynard, Hélia Ronat-Malli, Blandine Rozier, Florine Sauvage, Mouhamadou Seck, Flore Simon, Lee Vasquez, Marlène Ventura, Gabriel Vincent, Xing Wei

Partenariat avec l’ENSATT
École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre département d’écriture dramatique

Depuis 2004, nous avons accueilli à plusieurs reprises les écrivains du département d’écriture de l’Ensatt au festival Regards croisés. Ils seront présents à nouveau cette année pour participer aux échanges du café des auteurs. Cette implication dans des festivals dédiés aux écritures contemporaines (La Mousson d’Hiver, La Mousson d’Été, Regards croisés, Les Langagières, A Scène Ouverte) est un des prolongements du travail d’écriture solitaire ainsi que le comité de lecture qu’anime l’auteur Thibaut Fayner à partir d’un choix de pièces proposées notamment par Troisième bureau, sélection faite parmi les textes présentés lors des précédentes éditions du festival Regards croisés et dans l’actualité de cette année.


Participation du département Ecriture dramatique de l’Ensatt
Virginie Bertier, Adrien Cornaggia, Caroline Dumas de Rauly, Alan Payon, Julie Rossello-Rochet, étudiants de 1e année

Aurianne Abecassis, Julie Aminthe, Judith Bordas-Morand-Dupuch, Jean-Marie Clairambault, Magali Mougel, Laura Tirandaz
, étudiants de 2e année


Thibault Fayner est né en 1979. Comédien, il s’intéresse à l’écriture et intègre le département Ecriture dramatique de l’Ensatt sous la direction d’Enzo Cormann. Il y rencontre les auteurs Pauline Sales, Vincent Bady,photo-thibault-fayner Jean-Pierre Siméon, Fabrice Melquiot et participe à de nombreuses expériences d’écriture. Après sa formation, il assiste Laure Hemain, conseillère littéraire du Théâtre National de la Colline, anime des ateliers d’écriture et un comité de lecture à l’Ensatt. Ses pièces Les Cravates in Le monde me tue et Le Camp des malheureux in Quatre costumes en quête d’auteurs, commande du Théâtre du Hangar à Montpellier, sont éditées chez Espaces 34.

la gazette du festival 2009

Thursday 21 May 2009

Le Labyrinthe n°1

Le labyrinthe n°2

Le Labyrinthe n°3

Le Labyrinthe n°2

Monday 18 May 2009
Par les étudiants du département d’écriture de l’ENSATT, Aurianne Abecassis, Julie Aminthe, Judith Bordas-Morand-Dupuch, Jean-Marie Clairembault, Magali Mougel, Laura Tirandaz ; et les étidiants en L2 et L3 Arts du Spectacle de l’université Stendhal Grenoble 3 avec Thibault Fayner et Samuel Gallet, auteurs
Pavages 1. Autour du texte de Laura Wade, par Julie Aminthe
En attente d’expiration…

« Mais qui sait si vivre n’est pas ce qu’on appelle être mort, et être en vie ce qu’on appelle mourir — à ceci près pourtant : chez les mortels, ceux qui voient le jour souffrent, tandis que les défunts ne souffrent nullement et que leurs malheurs ne s’accroissent pas. »
Euripide. Fragment de Phrixos, 833.

Hier, mercredi 27 mai, à 20 heures, les comédiens de Troisième Bureau nous ont offert la plaisante occasion de découvrir l’univers de Laura Wade, à travers une mise en lecture de sa pièce : Des cadavres qui respirent (Breathing Corpses), dirigée par Nicole Vautier. S’ensuivit une rencontre, à 22 heures, avec la jeune dramaturge anglaise, accompagnée de ses deux traductrices : Blandine Pélissier et Kelly Rivière, et de l’interprète Michèle Ingman.
Pour ce qui est du texte lui-même, sorte de thriller littéraire à suspense, sombre, ironique et mordant, à l’intérieur duquel s’entrecroisent six personnages aux destins funestes ; en donner un récapitulatif n’est pas chose aisée. En effet, refusant la linéarité au profit de sauts perpétuels en avant et en arrière dans le temps, sa structure est délibérément désordonnée. Cependant, tout au long de ce puzzle marqué du sceau de la mort, tantôt réelle, tantôt fantasmée, sont malicieusement distillés des indices, nous permettant, pas à pas, de lever le voile sur les différentes zones d’ombre qui jalonnent le récit, lequel finit par s’emboîter comme s’emboîtent les poupées russes.
Mais, suivre le brillant jeu de pistes mis en place par l’auteure ne constitue pas tout l’intérêt de la pièce. Pour s’en convaincre, il suffit de garder à l’esprit la réplique de Sophocle, prononcée par le messager dans le dernier épisode de son Antigone, et citée par Laura Wade en exergue : « Quand un homme a perdu ce qui faisait sa joie, je tiens qu’il ne vit plus. C’est un cadavre qui respire. ». Ainsi, bloqués dans une banlieue sinistre où ils ont oublié de vivre, coincés dans leur fastidieux quotidien comme dans des cercueils exigus , les personnages de la pièce, entraînés malgré eux dans un cycle de décès liés les uns aux autres par un déterminisme infernal, vont voir le cours de leur existence bouleversé par la « rencontre », frontale ou tangente, d’un cadavre. Certains vont, à leur tour, devenir victimes. D’autres vont assister, impuissants, au tragique ébranlement émotionnel de leur proche. D’autres encore vont devenir bourreaux. Tous vont souffrir… à mourir.
La raison ? À la vue du « spectacle » auquel ils ont, de près ou de loin, involontairement assisté, la plupart d’entre eux, profondément perturbés, sont en proie à un sentiment de culpabilité qui les ronge. Ils ont la douloureuse impression, bien qu’ils n’aient pas choisi de se retrouver dans leur situation, d’être néanmoins, tels des dieux tout-puissants qui auraient ouvert par mégarde la boîte de Pandore, à l’origine du trépas de la dépouille qu’ils ont trouvé. Emma, par exemple, jeune femme de chambre romantique attendant désespérément qu’un garçon l’emmène en Porsche loin de sa vie, est surnommée par son patron « l’ange de la mort », car elle est tombée nez à nez sur deux cadavres en très peu de temps d’intervalle ; d’où ses propos, à la scène 1 : « Oh merde. Ça ne va pas recommencer. ». Jim, quant à lui, patron d’une entreprise de self-stockage, marié à Elaine qui s’ennuie sévèrement depuis le départ de leurs deux fils pour la faculté, ne parvient pas à se remettre de la vision de la jeune femme décédée découverte dans un de ses box à louer. Fuyant la discussion, et les espaces clos, d’où l’enlèvement compulsif de toutes les portes de chez lui, il ne cesse de ressasser le même refrain : « Peut-être que si je ne l’avais pas trouvée, peut-être qu’elle ne serait pas morte. » ; « Peut-être, dans cette seconde où j’ai ouvert la caisse, peut-être que- Si je ne l’avais pas ouverte, peut-être qu’elle aurait déboulé chez elle deux jours plus tard, elle aurait- Peut-être qu’elle- Je ne sais pas, qu’elle voulait juste prendre le large un moment. »… (Scène 4).
Par conséquent, le texte de Laura Wade repose sur l’expérience du chat de Schrödinger qui démontre le bien-fondé de ce que ressentent ses personnages : l’observateur est un acteur nécessaire à la réalité, et, par là même, l’existence de tel ou tel être est suspendue à son regard. Par exemple, un chat, si l’on en croit la mécanique quantique, après avoir été enfermé dans une boîte avec un dispositif qui le tue dès qu’il détecte la désintégration d’une particule radioactive, laquelle a une chance sur deux d’avoir lieu au bout d’une minute, serait simultanément dans deux états : mort et vivant, tant que l’ouverture de la boîte, qui déclenche le choix entre les deux états, n’a pas été faite. Nous comprenons mieux alors l’auto-accusation que s’inflige Jim et les autres, car, à leurs yeux, chacun des trépassés, avant d’être sorti de leur box, ou privé de leur drap, ou dégagé de leur haie… était encore sain et sauf, bien que déjà moribond, c’est-à-dire mort-vivant.
Enfin, la grande force de ces Cadavres qui respirent
se fonde également sur le rapport évident qui existe entre cette pièce et l’œuvre d’Euripide. En effet, toutes deux rappellent que nous ne choisissons pas notre destin, auquel nous ne pouvons rien, parce qu’il est la conséquence du hasard . En outre, leur conception de la vie est semblable : notre existence ne nous offre que le privilège de la douleur, laquelle fait naître en nous un sentiment d’irréalité et d’incertitude face à ce que nous sommes. Le monde des vivants, identique à celui des morts, n’est donc plus constitué que de formes fictives et évanescentes, sans consistance aucune. Ainsi est abolie la différence entre être et néant…

H – Pavages 2 – autour du texte Terminus Dublin par Aurianne Abecassis.
Quand dire, c’est dire

Qui sont ces personnages, qui viennent nous apostropher pour, tour à tour, à travers des monologues entrelacés, nous raconter leur histoire ?
Et d’ailleurs, sont-ils encore des personnages ? Qui sont A, B, et C ?
Ce ne sont ni des silhouettes, ni des figures, ni des motifs, en ce sens qu’ils ont toutes les caractéristiques de la conception d’un personnage au sens classique du terme – identité stable, histoire singulière, psychologie – mais ne sont néanmoins plus tout à fait des personnages.
Ils semblent être des passeurs, traversés par une parole, un passé, une histoire, dont ils seraient les messagers ; mus par la nécessité de dire, de raconter, de nous raconter – à la manière d’un one man show, à cela près qu’il s’agirait d’un « two women and one man show ».
Passeurs parce que, même s’ils feignent de nous dire leur histoire, une certaine dépersonnalisation se joue, une distance palpable, une organisation du temps et de l’espace trop réglée, un déraillement dans l’identification du passeur à sa supposée histoire.
Avec Terminus Dublin, si l’auteur irlandais Mark O’Rowe pose la question du statut du personnage, il pose aussi la question de la narration. A, B et C n’ont pas l’air d’avoir de corps, et la seule véritable action qui se joue pour eux est de dire, et pourtant le langage n’est pas abordé dans sa valeur performative. Pour ces passeurs, dire n’est pas faire, dire ne change rien à ce qui est.
Leur parole est distribuée par une projection scénique du texte : chaque lettre, chaque voix que sont A, B et C ne peut se faire entendre que lorsque la lumière s’allume sur elle, et est contrainte à s’arrêter lorsque la lumière, en s’éteignant, impose le silence.
Lorsque ce dispositif donne la parole, tout est relaté, jusque dans les moindres détails, dans une langue crue, violente, aux allures de polar, une langue travaillée jusque dans le son – jeux de mots et autres assonances qui donnent au texte, et à ses passeurs, un souffle tout particulier.
Pourtant Terminus Dublin n’est pas non plus un polar, il n’en a pas les codes, et ce flot de parole déversée, racontée, exhibée bascule brusquement dans le fantastique, lorsque ces histoires, au premier abord hyper-réalistes, glissent là où on ne les attendait pas : C a fait un pacte avec le Diable, B a couché avec un démon. D’ailleurs, ne nous parleraient-ils pas depuis l’Enfer ?

Et la mort dans tout ça, la mort que chacun des trois protagonistes croise directement sur son chemin – victimes et meurtriers à la fois – est le terminus immanquable de ces vies bouillonnantes et infatigables. Et le moment précis de la mort qui advient pour chacun, minutieusement raconté, éclaire les liens de parenté ou les relations qui lient A, B et C. Sur eux, pas de jugement moralisateur, impossible d’ailleurs pour le lecteur d’en avoir, puisque les enjeux sont placés ailleurs.
Mais si l’on peut entendre cette parole qui vient de l’Enfer, où sommes-nous exactement, nous qui la recevons ?
Et, avec le statut qu’il donne à ses personnages, Mark O’Rowe ne remet-il pas en question ce qui structure le genre théâtral, ses limites et ses possibilités ? Aujourd’hui, quels sont les marqueurs et les frontières de la théâtralité ?
Si les personnages n’en sont plus vraiment et que le texte de théâtre puise pêle-mêle dans les codes des autres genres de littérature, où sont les contours de la théâtralité ?

Le Labyrinthe n°1

Monday 18 May 2009

Par les étudiants du département d’écriture de l’ENSATT, Aurianne Abecassis, Julie Aminthe, Judith Bordas-Morand-Dupuch, Jean-Marie Clairembault, Magali Mougel, Laura Tirandaz ; et les étidiants en L2 et L3 Arts du Spectacle de l’université Stendhal Grenoble 3 avec Thibault Fayner et Samuel Gallet, auteurs

Autour de la pièce Les Fossoyeurs de Mourad Bourboune
LES MÉANDRES DE LA CORRUPTION, par Magali Mougel
La pièce, Les Fossoyeurs de Mourad Bourboune, nous entraîne dans les méandres de la corruption, dans la sombre mesquinerie et les petitesses que l’Indépendance de l’Algérie n’avait pas prévue.
Pour se faire, Mourad Bourboune choisit une forme bien particulière : une farce à la manière de Feydeau. Forme qui n’est pas sans rappeler que « l’histoire de l’humanité est celle des métissages et des syncrétismes spontanés ou imposés ». Comme l’a écrit Ahmed Cheniki : « il n’y a pas de culture vierge. Toute culture emprunte à une autre des traits et des éléments correspondant à son vécu et à son besoin social, des traits qui s’interpénètrent, s’entremêlent, se complètent et évoluent avec les mutations du monde . » Et quoi de plus captivant que d’assister à l’emprunt de cette forme pour mettre en scène l’accumulation d’une crasse et d’un encrassement générés par la manipulation des populations et les deales organisés par les sbires des institutions. Cette forme, l’auteur se l’approprie radicalement. Mourad Bourboune n’hésite pas à injecter dans la structure théâtrale qu’il propose, des éléments de la culture populaire algérienne, notamment des éléments propres au récit du conteur : la manière de narrer, le jeu avec l’ellipse, la démultiplication spatio-temporelle, les changements d’une scène à une autre de registres de langue.
Refusant le développement monocorde d’un seul thème, Mourad Bourboune reconstitue un huis clos imparfait dans une localité singulière : un hammam. Il crée une sorte d’espace interne appartenant à l’univers des personnages mais comportant malgré tout, les caractéristiques d’un espace extra-scénique. Le choix de ce lieu est en effet primordial. Partiellement visible pour le spectateur (car nous n’aurons jamais accès à la totalité de ce lieu), l’auteur joue avec le hors scène et les bruits inquiétants des canalisations, des flux et reflux de l’eau qui viennent ponctuer la pièce, qui bousculent et ballottent les personnages et créent une tension attentive chez le spectateur vers se hors champ pesant. C’est donc au cœur de ce lieu consacré à l’hygiène des corps que Mourad Bourboune choisit de re-contextualiser le délit politique. L’une des intentions des Fossoyeurs est de révéler à quel point la mémoire individuelle des Algériens est minée et condamnée au silence sur ce sujet. Dés lors par cette pièce Mourad Bourboune ré-interroge les fonctions du théâtre. Il en fait un instrument de reconstruction et de questionnement capable de lutter avec raison et humour contre le silence en mettant en scène ce renégat qui nous guette.
La scène, telle que l’envisage l’auteur, est donc un lieu où s’affrontent les philosophies de la vie, et ce, qu’elles soient politiques, sexuelles ou religieuses. C’est donc un théâtre de la parole et de la rhétorique. Un théâtre de la parole qui travaille à dévoiler les travers de la société, à montrer les faiblesses du système et les dysfonctionnements des institutions, à ridiculiser par le rire ceux qui “roulent” sans cesse le petit peuple.
Pour travailler à ce dévoilement, Mourad Bourboune met en scène des personnages fortement singuliers et culturellement situés. Il s’agit de créer un théâtre qui ressemble aux diversités de chacun tout en respectant les limites de chacun. Il ne s’agit pas de faire un théâtre didactique où les personnages seraient manipulés pour soutenir une idéologie. Ce qui compte c’est la nature du conflit, il n’est pas question de savoir si tel personnage est méchant ou bon. Ainsi chaque personnage va tenter de représenter un visage de cette société qu’il s’agit de remettre en cause par le biais d’une critique sociale. Et cette critique se fait loin de l’amertume. Il ne s’agit pas de proposer une peinture naturaliste des mœurs. On notera alors la part belle offerte aux femmes dans Les Fossoyeurs. Les femmes ont souvent eu dans le théâtre algérien une présence certes obsédante mais uniquement spectrale dans l’espace théâtral. Elles sont souvent physiquement les grandes absentes de la scène. Ici, Mourad Bourboune ne les signifie pas par les manifestations des fantasmes masculins mais propose trois entités féminines singulières qui deviennent, en s’interrogeant sur ce qui les construisent conjoncturellement, les portes paroles, de cette discrimination de l’humanité par le sexage et la police des genres.
Les récits se mêlent et s’entremêlent, les histoires personnelles se croisent et se nouent les une aux autres, les contradictions s’affrontent, mettent en scène une société caractérisée par une sorte de schizophrénie collective. Ici ce qui rôde ce sont les imprévus d’une révolution mise à mal par l’arbitraire, le népotisme, l’opportunisme, l’hypocrisie.
Avec Les Fossoyeurs, Mourad Bourboune renoue alors avec le cheval de bataille de Kateb Yacine : « Une pièce taillée dans la langue de chaque jour, celle de la rue, des ouvriers. […] L’écriture directement issue de la langue dialectale se nourrissant d’elle pour en faire un matériau de premier choix pour un théâtre populaire. Faire resurgir du fond de l’oued ses savates pour apprendre à marcher et faire que ce théâtre sache frapper dans les tibias . »
COMMENT SE LIBÉRER DE SES LIBÉRATEURS?
Entretien avec Jean-Marie Boëglin et Mourad BourbouneLabyrinthe (gazette du festival) : Kateb Yacine déclarait en 1957 que seule la tragédie était capable de représenter la situation algérienne. Quarante ans plus tard, dans votre pièce, on a l’impression qu’il n’y a plus que la comédie, le burlesque qui puisse témoigner de la situation en Algérie.

Mourad Bourboune : Le rythme s’est imposé à moi. En fin de compte on ne choisit pas. Le sujet lui-même impose le rythme. C’est une pièce essentiellement faite sur la corruption. Donc j’ai préféré cette version : il faut faire rire à propos des tyrans et non pas faire trembler, de mon point de vue. Je suis d’accord avec Brecht. Il n’y a pas de raison de faire des tragédies de tueurs, d’assassins et de choses comme ça. Il faut les traiter par le mépris.

Labyrinthe : J’ai le sentiment qu’il y a, dans votre pièce, deux visions qui s’opposent : l’idée que finalement l’homme n’est qu’un prédateur pour l’homme, et l’autre qui serait qu’il puisse aussi être autre chose. Et j’ai l’impression que dans la pièce, il y a une ouverture possible, même fragile, avec le personnage de Jamal.

MB : Oui, c’est Malika qui lui ouvre les yeux. Lui il veut réussir, il veut gagner. Il hésite finalement à être un requin. S’il y a une conscience politique, c’est Malika. Et puis il y a le grand El Kébir qui représente le requin dans toute sa splendeur. Il dit une phrase qui fait frémir : « la vie, cette salope, qui enfin a fermé sa gueule ». El Kébir, qui veut dire « le grand », c’est un petit morceau de socialisme mal digéré, un petit morceau de Coran, un petit morceau de fascisme. Il fait une tambouille avec ça. Vous trouvez ces discours en lisant les textes de Mouloud Kacim. Je n’ai rien inventé. Pour eux, toute idée, toute idéologie doit être au service de leur prédation. Tout ce qui les aide là dedans est bon à prendre.

Labyrinthe : C’est votre première pièce de théâtre. Est-ce que ça a été un choix au départ ou bien est-ce au cours de l’écriture que la forme s’est imposée ?

MB : Je crois que l’idée que Boëglin était ici, à Troisième Bureau, m’a aidé. Sinon, j’en aurais peut-être fait un scénario ou une cocotte-minute je ne sais pas ! Un jour je lui ai téléphoné et je lui ai dit : « Tiens au fait, j’ai une pièce pour toi ».

Labyrinthe : Je voudrais revenir sur la place de la jeune génération dans votre pièce. Il se dégage effectivement un pessimisme de la pièce mais en même temps la part belle est faite aux jeunes et aux femmes. Ils s’échappent et on se dit qu’il y a peut-être une possibilité quelque part pour eux de s’en sortir.

MB : Le gros problème de cette génération c’est comment se libérer de leur libérateur ? On leur a volé leur pays et cela au nom de ceux qui se sont emparés du principe de libération. « J’ai libéré ce pays, il est à moi ». C’est exactement ce qui est dit dans la pièce. Comment tourner la page ? Comment les mettre à la porte ? Et celle qui est le plus proche de ça c’est Malika. Jamal la rejoint. Il essaie de trouver un parrain, il essaie un peu tout le monde mais à chaque fois, elle lui montre les choses. Il y a aussi ce petit bricoleur qui représente la classe ouvrière. A la fin, il hésite entre un petit appartement et la liberté. Il va vers El Kébir qui lui propose un appartement et Malika le rappelle et lui dit : « Qu’est-ce que tu fais ? Où tu vas ? Lâche ces miettes». Et à la fin, il hésite toujours. Donc la prise de conscience n’est pas encore faite.

Jean-Marie Boëglin : Je pense que c’est une grande pièce car il ne s’agit pas de symboles au sens tout bête du terme. Les symboles, c’est la vie réelle. Toute la pièce est scandée par les coupures d’eau. Et quand on vit en Algérie, à Alger surtout, c’est terrifiant parce que pendant trois ou quatre jours, on a des coupures d’eau, sauf certains quartiers réservés. Quand les Français sont partis, ils sont partis avec les plans des canalisations d’eaux !

MB : La question de l’eau et du logement est encore un problème. Les pénuries sont des modes de gouvernements. Un cadre vendrait sa mère et se vendrait lui-même pour un deux pièces cuisine ; ça c’est certain.

Labyrinthe – Votre pièce a-t-elle déjà été représentée en Algérie ?

MB : Le Théâtre national d’Algérie a pris la pièce sans avoir les droits. Ils l’ont adaptée, ils l’ont jouée dans le Sud de l’Algérie, dans le Sahara. Je suis en procès contre eux. En procès contre mon pays. Le texte a été adapté an arabe. Je n’ai jamais réussi à avoir le texte réel qui a été joué. Il y a un minimum de respect envers les gens. J’ai écrit à l’office national des droits d’auteurs en leur demandant qu’ils portent plainte en mon nom. Ils ne l’ont pas fait, alors j’ai porté plainte personnellement. Tout de même, me faire traiter comme ça alors que j’étais un de ceux qui ont créé le Théâtre national d’Algérie. C’est un drôle de retour de manivelle. C’est un peu triste mais il faut de temps en temps défendre les principes. Pourquoi le TNA prend une pièce sans consulter l’auteur, l’adapte ? Je n’ai pas été prévenu. Je ne sais pas comment ils l’ont adapté. Ils ont pu sabrer.

Autour de la pièce Écho-système de Marie Dilasser
JE VEUX SAVOIR QUI EST PAULE KADILLAC par Samuel Gallet
Au fond, il en est peu qui sachent encore, dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver à ce qu’ils sont, à leurs distractions, leurs conceptions du monde, leur femme, leur caractère, leur profession et leurs succès; mais ils ont le sentiment de n’y plus pouvoir grand chose. On pourrait même prétendre qu’ils ont été trompés, car on n’arrive jamais à trouver une raison suffisante pour que les choses aient tourné comme elles l’ont fait; elles auraient aussi bien pu tourner autrement; les événements n’ont été que rarement l’émanation des hommes, la plupart du temps ils ont dépendu de toutes sortes de circonstances, de l’humeur, de la vie et de la mort d’autres hommes, ils leur sont simplement tombés dessus à un moment donné.Robert Musil.
L’homme sans qualité. ( Tome 1 )

Dans Crash Test, Brit’ Butum est ouvrière dans une usine de volailles. Un matin en se rendant à l’usine, sa voiture heurte celle d’Arsène Droch, manager stratégique de l’entreprise. Brit’ et Arsène qui ne s’étaient jamais rencontrés se retrouvent soudainement plongés côte à côte dans le coma. Entre la vie et la mort, ils se parlent et cherchent à savoir qui ils sont. Les identités se déconstruisent, se remodèlent, se réinventent, se contredisent et s’atomisent. Dans Me zo gwin ha te zo dour ou quoi être maintenant?, Paule Kadillac désire éperdument faire l’amour avec son voisin « pédé ». Elle demande alors à sa mère Elfie Rhazad (amante de Brit’ Butum actuellement en Russie) de la remettre dans son ventre et de lui fabriquer un vrai sexe d’homme. Dans Le chat de Shrödinger en Tchétchénie, Arsène Droch, colonel de l’armée russe, tombe éperdument amoureux de la jeune tchétchène Elfie Rhazad, qu’il ne peut aimer qu’en la tuant. Dans Drôle d’état, il se découvre femme pendant que Paule Kadillac et Elfie Rhazad batifolent.

Paule Kadillac, Brit’Butum, Arsène Droch, Elfie Rhazad, mais aussi Paddy Mac Doom, Boruta Priscillone, Iyi et Oyo, I et On, Quelqu’un, sont les membres de cette tribu nomade et déglinguée se baladant d’histoires en histoires, de sexes en sexes, de professions en professions, de nationalités en nationalités. Voleurs et voleuses d’identités, formes en perpétuel devenir, ces énergumènes ne cessent de changer d’âge, de relation et de condition. S’il y a une chose de sûre dans l’univers de Marie Dilasser, c’est bien que ses protagonistes ne savent pas pourquoi ils sont ce qu’ils sont. Alors ils se débrouillent. L’idée de l’identité comme accident évoquée par Robert Musil est au coeur de cette dramaturgie. Chaque pièce peut être entendue comme une variation, une hypothèse instable, une nouvelle potentialité d’êtres.

Marie Dilasser parle beaucoup de Francis Bacon. Du geste de déformer les corps, de déconstruire les motifs, de remodeler les figures pour révéler leur instabilité ontologique. S’originant dans une révolte face à ce qui réduit l’individu à quelques pauvres caractéristiques sexuelles, familiales, administratives, ce théâtre pourrait se contenter d’être un appel d’air et une attaque en règle contre une société assignant chacun à résidence étroite et surveillée. Mais plus qu’un simple cri d’indignation (légitime), il travaille à montrer comment l’identité se construit au coeur de la communauté. Comment l’individu est pris dans des relations de groupe et que c’est toujours avec le groupe qu’il dialogue. Les protagonistes de ces pièces sont toujours réunis dans un microcosme très précis. Ils sont reliés, et c’est ensemble, en fonction les uns des autres, qu’ils se cherchent et s’inventent. À cette lumière, rien d’étonnant d’entendre Marie Dilasser déclarer ne pas se sentir très à l’aise dans l’écriture de monologue. Son théâtre est un théâtre de groupe. Un théâtre de la confrontation de l’individu avec le groupe, de l’individu dans le groupe, un théâtre qui travaille sur des relations. Jamais un théâtre de l’Homme ou de La Femme seul(e).

Comment survivre dans le désert ? Où sont mes tribus ? Comment disposer mes tribus ? Quelle est ma place dans la meute ? Suis-je au centre ou à l’extérieur de la meute ? S’interrogeait en substance le philosophe Gilles Deleuze dans l’Abécédaire à propos du désir et des territoires.

La très belle scène 3 d’Echo-Système où chacun raconte son expérience de la maternité (hommes et femmes confondus bien évidemment) et où Elfie Rhazad est rejetée après avoir annoncé sa stérilité, exprime bien ces phénomènes d’intégration ou de rejet au sein du groupe sur lesquels travaille ce théâtre. Dans Me zo gwin… également, Paule Kadillac, persuadée que son voisin ne saurait l’aimer si elle n’a pas de vraie bite, parvient après bien des engueulades avec sa maman, à se dégoter une bite et une barbe. C’est alors qu’elle découvre que son amoureux transi Boruta Priscillone s’est transformé en femme pour ne pas la perdre. L’identité est question de stratégie politique et amoureuse.

Faire entendre les mouvements d’assignation à des rôles, les transferts d’énergies, les déplacements d’identités que le vivre ensemble produit est un des enjeux centraux de l’écriture de Marie Dilasser. Comment la présence de l’autre me transforme ? Comment cette transformation est contagieuse ? Comment est-elle stratégie soit pour se faire accepter, soit pour accepter, soit pour se protéger d’autrui? La métamorphose perpétuelle dans ce théâtre s’adosse toujours à des enjeux de groupe. Il ne saurait être question d’une simple velléité de liberté individuelle, d’une petite revendication exaspérée de l’individu face à ce que le monde fait de ses aspirations. Ces personnages/énergumènes (ou comme il vous plaira de les appeler) délirent ensemble le monde et se délirent eux-mêmes en délirant ses attentes muettes. Nous sommes inadéquats ne cessent-ils de répéter. Nous ne sommes pas des inadaptés au monde mais des inadéquats. Nous sommes des inadéquats chroniques. Nos vies sont des pâtes à modeler que des mains étrangères ne cessent de modeler sans toujours s’en rendre compte. Des mains que nous croyons connaître, que nous croyons parfois aimer ou haïr, des mains que nous ignorons. Vivre, c’est ne jamais cesser de s’inventer des êtres, des identités successives, c’est en fait ne jamais pouvoir être soi, c’est déborder et déconner en permanence. L’individu ne serait envisageable qu’en son débordement, qu’en sa tentative permanente à arriver à une stabilité qui n’existe pas. L’Homme ou la Femme ne pourraient être envisagés qu’en termes probabilistes.

Je veux savoir qui est Paule Kadillac avait répondu Marie Dilasser à une question portant sur son projet d’écriture. Pour corser l’affaire, elle souhaite également savoir qui sont tous les autres. Pressentant qu’une vie entière ne pourrait venir à bout de l’entreprise, nous lui avons demandé jusqu’à quand au moins pensait-elle travailler avec les mêmes totems. Elle nous a alors répondu qu’elle cherchait à épuiser le système, à l’user jusqu’à la corde. Trouver peut-être enfin un endroit où ils pourraient être. Disparaître ? Affaire à suivre.

Samuel Gallet.

ÉCHO-SYSTÈME OU L’INVENTION D’UN MICROCOSME, par Magali Mougel
Avec le naturel des saisons qui reviennent, chaque matin des enfants se glissent entre leurs rêves. La réalité qui les attend, ils savent encore la replier comme un mouchoir. Rien ne leur est moins lointain que le ciel dans les flaques d’eau. […] Pourquoi n’y aurait-il plus de jeunes gens assez passionnés pour déserter les perspectives balisées qu’on veut leur faire prendre pour la vie ?Annie Le Brun, Du trop de réalité, Folio, 2000, p. 9.

Si une sorte de question se pose à nous, c’est bien la suivante : qu’est-ce que cette pièce de Marie Dilasser, Echo-système, fait au théâtre et que cherche-t-elle à lui rendre ?
Echo-système peut être lue et vue comme une tentative de mettre en scène et de joindre des incompatibles en faisant des thématiques de la vie retirée dans les collines, la reconduite des émigrés aux frontières de l’Europe, la chasse à la palombe, le gavage médiatique : des vases communicants. Et comme attirés par ce grabuge d’événements, les sept personnages de cette pièce viennent mettre en jeu et en mouvement ces éléments appartenant à notre réalité.
Marie Dilasser développe ainsi un univers plastique, sauvage et animal qui même s’il nous ressemble et se construit non loin de nous, entre en frottement et s’accroche avec nos horizons d’attente, notre regard de spectateur de théâtre, parfois trop confortés dans notre appréhension de la réalité.
Car Echo-système, c’est d’abord l’invention d’un microcosme. Celui-ci est régi par les codes d’une mythologie à la tonalité populaire. Il contribue au déploiement d’un univers hallucinatoire fonctionnant selon une logique propre. Il vient nous rappeler la faillite de ces pensées rationnelles, qui constituent encore notre mode de perception de la réalité bien qu’elles n’aient pas réussi à changer l’ordre des choses.
Echo-système met donc en relief cette forme d’aliénation à laquelle nous sommes assujettis de façon insensible. Cette aliénation réside dans le fait que nous omettons que chaque conséquence a sa cause, qu’il existe des correspondances irrévocables entre la culture médiatique et l’absence de palombe lors d’une chasse à la palombe, que ce qui donne du style à ce qui n’a pas d’allure est déjà une forme d’aveuglement pour conformer les êtres à la réalité et à tendre des embuscades à l’irréalité de nos désirs. Nous pourrions, dès lors, écrire que le travail de Marie Dilasser réinjecte sur la scène du théâtre un peu de hasard objectif car, il tente de désigner des relations observables entre des phénomènes concrets. Aussi, Echo-système s’amuse de ce qu’Annie Le Brun appelle le « retournement du langage » (au sens policier du terme), de ce langage qui ne fait que nous désinformer sur nous-mêmes et nous désapprendre à discerner le monde qui nous entoure.
Avec ces sept énergumènes porteurs et acteurs de l’action d‘Echo-système, Marie Dilasser dépouille cette sordide réalité qui nous a, bien avant, dépouillée. Comme une sorte de reprise individuelle, cette écriture malaxe, dépiaute, pousse radicalement dans ses retranchements les fonctionnements sociétaux jusqu’à ce qu’ils tombent en ruine devant un imaginaire musclé. Ce dernier prend le dessus pour inventer d’autres possibles dans cette démonstration d’aliénation à un trop de réalité. Echo-système rappelle donc un impératif catégorique : nous ne devons pas oublier que c’est de la question de la représentation que dépend notre liberté.

LA BRECHE N°6

Saturday 31 May 2008

EDITO

Il y a quelques jours, Brice Hortefeux déclarait à propos de l’immigration en France qu’« il rêvait lui aussi ( ?!) d’une société où les citoyens seraient tous propres et honnêtes. »
La fermeture des frontières, le rejet de l’autre, autant de thématiques proches du thème du festival : l’édification de murs.
Hier, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi ont posé la question de la peur et de l’incompréhension des cultures orientales, inhérentes en Occident. C’est l’incompréhension qui engendre la peur nous dit Araberlin, où une jeune femme « plaque » sa vie occidentale pour se rallier à la cause de son peuple d’origine, devant un mari hébété. Lundi soir, les Ecritures Vagabondes avaient déjà mis en exergue la quantité d’amalgames ancrés dans les consciences occidentales (auxquels on veut nous faire croire…). La triste manie de confondre musulmans et islamistes étant le plus courant. Mardi soir, Elie Karam nous a remis face à ces problématiques de représentation avec Parle moi de la guerre pour que je t’aime… Ou comment le peuple occidental nourrit son imaginaire d’images de guerre sensationnelles et finit par tomber dans un besoin de sensations, de violence, sur fond d’immobilisme compatissant. Ces cinq textes font apparaître au-delà des murs physiques existants, l’immense mur symbolique qui sépare l’Orient et l’Occident. Comment ce dernier part du principe que les deux cultures sont inconciliables pour finalement contaminer l’Orient de cette thèse et mener à l’antagonisme actuel, extrêmement prononcé.
Mercredi et jeudi, les pièces Le Grenier de Yôji Sakate et Urbi de Marine Auriol ont abordé à deux niveaux le thème du mur comme enfermement. L’auteur japonais nous présente dans son texte des jeunes gens qui se privent du contact avec le monde extérieur en s’enfermant dans de minuscules « pièces portatives » appelés les greniers. Symbole du mur de l’incompréhension entre la société japonaise et sa jeunesse.
Dans sa pièce, sorte de fable d’anticipation, Marine Auriol met en scène une société totalitariste qui s’est développée suite à d’une catastrophe naturelle de grande ampleur. Les citoyens qui ont été jugés aptes à vivre à Urbi sont intra muros, les autres survivent comme ils peuvent à l’extérieur. La boucle semble bouclée avec la citation initiale de cet édito…
Ce soir, c’est Himmelweg de Juan Mayorga qui conclut le festival. Mise en abîme de l’acte théâtral en pleine Shoah, les murs auront encore une signification terrible, l’action se déroulant dans un camp de concentration. Lire la suite »