Fille

Cahier de texte de …
FILLE
de Matt Hartley [Angleterre]

Fille [Girl] est traduit de l’anglais par Séverine Magois, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale.
Matt Hartley est représenté en France par Séverine Magois, en accord avec United Agents, Londres.

« Maman nous a quittés » dit Père à Fille dans une ferme coupée du monde. Dans cet alone in the land, c’est Père qui sait. Il le fait répéter à Fille qui finit par en faire une vérité, sa vérité. Elle reçoit une éducation farouche. La pomme qu’on mange est acide à l’image de la relation incestueuse que tente de refouler Père en brisant l’enclos pour se rendre à la ville. Seule, Fille va répéter les gestes que Père eut un jour au cours d’un vêlage. Elle plante un couteau-scie dans le crâne d’une femme sur le point d’accoucher qui vient demander de l’aide. Pour l’endormir, croit-elle, afin de sortir Bébé. L’horreur se traduit par « seize coups de couteau » et la mort de la femme et de son bébé. S’ensuivront la police, un examen psychiatrique et le tribunal pour tenter de réveiller en elle une once d’humanité.
La pièce de Matt Hartley parle d’emprises psychologiques nocives autour d’une enfance en construction. De celles qui créent des monstres à qui échappe toute conscience de leurs actes. La langue à la fois désincarnée et mécanique de Père et Fille témoigne de cette monstruosité effroyable.

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© Becky Paris

QU’EST CE QUI A MOTIVÉ / PROVOQUÉ / SUSCITÉ L’ÉCRITURE DE CE TEXTE ?
À l’origine, Fille était une pièce courte qu’on m’avait mis au défi d’écrire. Le défi à relever était le suivant : sauriez-vous amener un public à comprendre et pardonner les raisons qui poussent un personnage à commettre tel ou tel acte. Pour me « stimuler », on m’avait soumis la manchette d’un journal : Une voleuse de fœtus tue un bébé. Au cœur de l’écriture de cette pièce courte, une langue et un personnage ont commencé à surgir, et continuer à les explorer s’est alors imposé à moi comme une nécessité. Je voulais créer un monde autre, sauvage, rural, où le langage était une arme de domination, et travailler la forme sur un mode que je n’avais jamais expérimenté jusque-là.  L’histoire et le style ont continué à évoluer au fil de l’écriture, l’un de mes objectifs étant de créer, à mi-chemin de la pièce, une rupture radicale et brutale pour Fille, le personnage principal : quand elle quitte le seul monde qu’elle ait jamais connu, tout chavire pour elle – laissant, idéalement, le public aussi désorienté et désemparé que le personnage. Mon but étant aussi que la pièce nous questionne sur la notion de l’acquis, la fonction du langage, la nécessité de « protéger », et plus largement sur la définition du mal.
Matt Hartley traduit par Séverine Magois.

LE REGARD DE LA TRADUCTRICE
Girl est une pièce hors normes, tant dans la production de Matt Hartley que dans la dramaturgie contemporaine anglaise en général ; se déjouant de tout réalisme, elle se situe clairement du coté de la fable. Sa force tient aussi beaucoup au travail de l’auteur sur la langue – une langue à la grammaire défectueuse et à la poésie brute dont la traduction a tenté de restituer la singulière âpreté (…) Séverine Magois (Lire la suite sur le site de la Maison Antoine Vitez)

LA VIE DU TEXTE
– Le texte intégral de Fille est disponible sur demande auprès de la Maison Antoine Vitez ;
– Lecture publique de la première partie de la pièce dans le cadre du festival Texte en cours, Montpellier, mai 2016 ;
– Carte blanche au Conservatoire national d’art dramatique, une proposition de Sophie Loucachevsky, Paris, novembre 2019 ;
– Comité des lecteurs du T2G, rencontre animée par Stéphanie Béghain et David Tuaillon (dramaturge invité), Gennevilliers, février 2020 ;
– Projet de création en cours par la Compagnie Lolium, Hauts-de-France ;
Fille est une sélection 2020 du comité de lecture de Troisième bureau.

BIOGRAPHIE
Né en 1980, Matt Hartley grandit dans les environs de Sheffield, au nord de l’Angleterre. Il étudie le théâtre à l’université de Hull, puis l’écriture dramatique au Royal Court de Londres. 65 Miles, un de ses premiers textes, se voit décerner le prix Bruntwood, distinguant de jeunes auteurs. Parmi la quinzaine de pièces qu’il a écrites depuis, citons : The Bee (Festival d’Édimbourg, 2008), Microcosm (Soho Theatre, 2014), Horizon (National Theatre, 2014), Deposit (Hampstead Theatre, 2015), Here I Belong (Pentabus, 2016), Myth (Royal Shakespeare Company, 2017), Eyam (Globe Theatre, 2018). Il écrit également pour la radio et la télévision.

Ces photos ont été prises à l’occasion de la création de la pièce 65 Miles par la metteuse en scène Pamela Ravassard / Cie Paradoxe(s) au Théâtre d’Auxerre et à la librairie Obliques en novembre 2019. Crédit © Nikki

BIBLIOGRAPHIE
>> aux éditions Nick Hern Books
65 Miles, 2012
Microcosm, 2014
– Here I Belong (with Last Letters Home), 2016
Deposit, 2017
Eyam, 2018
>> aux éditions Methuen
Horizon, National Theatre Connections Anthology, 2014
>> aux éditions Oberon
Myth, coécrit avec Kirsty Housley, 2017
>> aux éditions Théâtrales (traductions Séverine Magois)
L’Abeille, collection Théâtrales Jeunesse, 2012
Brûler des voitures, prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre, domaine étranger et traduction, 2013
Rien comme les autres, in Liberté, égalité… 6 pièces pour la pratique artistique des 11-14 ans, collection Théâtrales Jeunesse, en partenariat avec la Maison Théâtre/Strasbourg, à paraître en septembre 2020

SES 3 COUPS DE CŒUR LITTÉRAIRES
– Arthur Miller
Batavia de Mike Dash (L’Archipel des hérétiques – la terrifiante histoire des naufragés du Batavia, traduction Stéphane Cran, éd. J.C. Lattès, 2002 ; Libretto, 2017)
– Robin des Bois (le mythe)

© Jean-Louis Fernandez

SÉVERINE MAGOIS, traductrice
Après des études d’anglais et une formation de comédienne, elle s’oriente vers la traduction théâtrale et rejoint la Maison Antoine Vitez dès 1992. Depuis 1995, elle traduit l’œuvre de Daniel Keene (éd. Théâtrales) et le théâtre pour enfants de Mike Kenny (Actes Sud/Heyoka), et de nombreux autres auteurs, tant pour la scène que l’édition. Son travail a été salué à plusieurs reprises (Molière, Prix des JLAT, Prix de la SACD). En 2016, elle crée son agence pour représenter Matt Hartley, une activité qu’elle a développée depuis en représentant d’autres auteurs, qu’elle les traduise ou non.