Les textes

Les textes du festival

 

The Lulu Projekt de Magali MOUGEL

>> Lecture en 5 épisodes du 23 au 28 mai à 19h30, par les élèves des lycées Argouges, Les Eaux-Claires, Edouard Herriot et les élèves du CRR.

« Lulu aurait pu être astronaute ou haut militaire. / Il a tout foiré. Sa réussite est son échec. » Lulu, 18 ans, vit avec mère et soeur dans une tour, de l’autre côté d’un mur, quelque part à l’Est. L’avenir tout tracé qu’on lui propose ne le séduit pas et c’est peu dire. On le prend pour un idiot, un pas dégourdi de la vie. Autour de lui, on ne comprend pas bien les astuces qu’il met en oeuvre pour échapper à cette société qui voudrait le réduire à l’état de mouton. Les Sex Pistols ou les Clash dans les oreilles et le portrait de Youri Gagarine en ligne de mire, il n’est pas prêt à se laisser dicter ses rêves. Après ses journées à l’usine ou aux espaces verts, lui et son bigleux de copain Moritz « s’élèvent » sur le toit de la tour pour boire, chanter, contempler les étoiles et faire un bras d’honneur à la vie qui s’étale sous leurs pieds. Dans un feuilleton tendre et rock n’roll, Magali Mougel transporte son personnage dans une fuite en avant émancipatrice et libertaire. Oh yeah!

The Lulu Projekt est une commande d’écriture passée à l’autrice dans le cadre du Chantier, projet imaginé à l’occasion du jumelage entre Le Fracas – CDN de Montluçon et les lycées du territoire.

 

Martina de Laura TIRANDAZ

>> le 23 mai à 20h00 Avec Thierry Blanc, Stéphane Czopek, Hélène Gratet, Danièle Klein. Mise en lecture Benjamin Moreau

La fable qui se raconte dans Martina a lieu quelque part entre Beauce et Champagne, à la lisière des champs céréaliers et des forêts. Dans le village, les habitants se racontent des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins étranges, distillant une atmosphère pesante et inquiétante. Un jour que Martial accueille sa femme, qu’il a épousée dans un pays lointain, Conrad l’ami et Latouée la vieille voisine s’immiscent dans leur relation avec la malveillance des suspicieux. Dans sa robe de mariée, la « femme qui se tait » a des allures de princesse égarée au milieu d’un paysage hostile. Entre la raffinerie, le chantier des ouvriers et la battue qui s’organise pour retrouver l’enfant perdu, le potentiel anxiogène est grand pour la mystérieuse et indomptable Martina. La poésie de Laura Tirandaz nous happe à l’intersection d’un environnement omniprésent et de dialogues chargés des mémoires, des craintes et des violences de chacun.

Ce texte a été écrit en résidence en 2015 à Grenoble à l’invitation du Tricycle-Théâtre 145 et de Troisième bureau, avec le soutien de la Région Rhône-Alpes. Une première phase d’écriture avait été réalisée dans le cadre d’une résidence à Théâtre Ouvert en 2014 avec le soutien de la Région Ile-de-France.

 

Protohérissé (BP : Unabomber) de Gergana DIMITROVA
et Zdrava KAMENOVA
Traduit du bulgare par Marie Vrinat / Editions L’Espace d’un instant, 2015

>> le 24 mai à 20h00 Avec Sarah Barrau, Florent Barret-Boisbertrand, Thierry Blanc, Stéphane Czopek, Grégory Faive, Léo Ferber, Bernard Garnier, Hélène Gratet, Sébastien Hoën-Mondin, Sylvie Jobert, Danièle Klein, Sophie Vaude. Mise en lecture Léo Ferber et Hélène Gratet

La soudaine et mystérieuse disparition d’un père de famille constitue le point de départ de cette pièce construite sur le mode de l’enquête policière. Celui dont l’entourage a perdu la trace incarne la figure du scientifique « éco-terroriste » Ted Kaszynski (Unabomber) devenu ermite et célèbre pour son manifeste et ses actions radicales en faveur de l’édification d’un mode de vie respectueux de l’homme et du patrimoine naturel. Femme, enfant, collègues et voisins sont interrogés et tentent de  comprendre ce que prépare dans l’ombre celui qui avait pourtant le grand projet de mettre au point un ascenseur cosmique ! En écho à cette réflexion sur une société où le progrès technologique se déploie en dépit des considérations environnementales, nous suivons les pérégrinations existentielles d’un échidné à long nez sillonnant les terres de Nouvelle-Guinée en quête d’un congénère prêt à perpétuer l’espèce. La vue satellitaire adoptée par l’écriture est pareille à un radar omniscient, attentif et curieux du dénouement que prendra l’affaire. Derrière l’allégresse et l’humour caustique de cette pièce polyphonique, les deux autrices bulgares posent l’essentielle question du monde dans lequel nous voulons vivre, rien que ça.

Texte recommandé par Eurodram, réseau européen de traduction théâtrale (2014), traduit et publié aux éditions l’Espace d’un instant à l’initiative de la Maison d’Europe et d’Orient, avec le soutien de 36 Monkeys, de l’Institut Français de Sofia et du ministère de la Culture de la République de Bulgarie

 

Le Secret de Thomas HOWALT
Traduit du danois par Catherine-Lise Dubost / Editions Théâtrales, 2016

>> le 25 mai à 20h00 Avec Léa Good, Clara Jolfre, Robin Redjadj, élèves du conservatoire de Grenoble, et Bernard Garnier. Mise en lecture Sylvie Jobert

Tandis qu’une tempête de neige s’abat sur la cerisaie familiale, à l’intérieur de la maison se joue un drame que les trois jeunes personnages d’une même fratrie – Donna l’aînée, Rianne la cadette et Pitt le benjamin – vont affronter à leur façon. Un matin comme les autres Pitt découvre sa mère étendue sur le sol de la cuisine le corps tout refroidi par la mort. Craignant d’être  séparés par les services sociaux, ils décident finalement de ne pas appeler la police, de garder leur mère auprès d’eux et d’en faire “leur secret”. Ils organisent dès lors leur quotidien pour que tout continue comme avant et qu’on ne puisse rien  soupçonner de ce qui leur arrive, même pas Fleinert, le voisin le plus proche. Projetés en un éclair dans la vie des grands  (l’argent, les courses, les repas…) tout en poursuivant leurs expériences adolescentes, à l’image des amours houleux de la  grande sœur, ils apprivoisent petit à petit le deuil pour en sortir grandis. Jamais sordide, la pièce est au contraire le lieu d’une grande tendresse à l’égard de ses personnages et de l’enfance.

 

L’Aveu de Wael KADDOUR
Traduit de l’arabe (Syrie) par Wissam Arbache et Hola Omran, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez

>> le 26 mai à 20h00 Avec Florent Barret-Boisbertrand, Thierry Blanc, Stéphane Czopek, Hélène Gratet, Martin Navizet-Sapet. Mise en lecture Grégory Faive

Dans une maison, un jeune acteur, un vieil acteur et une actrice répètent La jeune fille et la mort d’Ariel Dorfman. L’oncle du jeune homme, général de l’armée officielle de passage à Damas, est hébergé par celui-ci. On comprend que ce général prépare sa désertion. Mais aussi que le vieil acteur et le général se connaissent puisque le premier a été prisonnier politique et que c’est ce général qui autrefois avait été son bourreau…

 

Dans les yeux du ciel de Rachid BENZINE

>> le 27 mai à 20h00 Avec Marie-Sohna Condé et la participation de Stéphane Czopek. Direction Pascale Henry

Assise face à sa coiffeuse, Nour raconte sa vie de prostituée – comme l’était sa mère avant elle – et témoigne au coeur du printemps arabe de ce qu’elle perçoit depuis sa chambre laborieuse. Dans ce monologue où une multitude de voix s’invitent – sa mère, ses clients, un journaliste américain, son ami homosexuel et blogueur, le journal télévisé, l’agitation de la rue –, accès nous est donné à une Histoire récente et fulgurante en même temps qu’à une  réflexion sur la condition féminine dans les pays arabes. Les espoirs nourris à l’endroit de la révolution en marche surgissent des poèmes et des articles qu’écrit Slimane et dans lesquels Nour peine à se jeter pleinement. Au gré des allées et venues de ses clients, du gouverneur à l’islamiste fondamentaliste, son regard s’aiguise et se fait clairvoyant. Le corps de Nour est ici le point de rencontre de la petite et de la grande Histoire, l’une et l’autre ne présageant malheureusement pas de lendemains qui chantent.

Le texte a reçu l’aide à la création du CNT 2015. Coproduction Compagnie Les Voisins

 

Inside Georges de Emmanuelle DESTREMAU
Le Bruit des autres, 2014

>> le 28 mai à 18h00 Avec Sarah Barrau, Thierry Blanc, Stéphane Czopek, Grégory Faive, Léo Ferber, Bernard Garnier. Mise en lecture Sylvie Jobert

Georges Victor est employé de bureau au service contentieux d’une société sans scrupules. Chaque jour un peu plus humilié par la redoutable Kathleen Greenwald qui le somme de travailler jusque tard dans la nuit sous peine d’un plan social qui ne ferait qu’une bouchée de lui, il n’a vraisemblablement pas reçu les armes nécessaires pour affronter « le putain de monde extérieur ». De l’open-space à l’appartement où il retrouve son fils Rodolfo, la narration dévoile peu à peu un Georges à qui la vie n’est pas disposée à faire de cadeaux. Alors chez lui, comme une revanche, il prépare son fils et lui inculque les réflexes et attitudes à adopter pour ne pas devenir à son tour le souffre-douleur d’une société qui broie certains de ses individus. Images obsédantes et fantomatiques, les apparitions de Rodolfo sur son skate orientent doucement la fable vers un second drame, intime celui-là. Avec une grande tendresse à l’égard de son personnage, Emmanuelle Destremau opère un basculement final offrant à Georges
la possibilité d’une délivrance, aussi fantasmée soit-elle.

Le texte a reçu une bourse d’aide à l’écriture du CNL et l’aide à la création du CNT

 

Le Chant de la bouche aveugle de Jorge Ignacio CORTINAS
Traduit de l’anglais (USA) par Dominique Hollier avec le soutien de la Maison Antoine Vitez

>> le 28 mai à 20h30 Avec Florent Barret-Boisbertrand, Léo Ferber, Achille Piot, Robin Redjadj, Sophie Vaude. Mise en lecture Thierry Blanc

Dans la vallée pierreuse de Bouche Aveugle, Mère de la fin d’après-midi avec l’aide de sa soeur Bolivia s’occupe seule de ses deux enfants Gordi et Reiderico. Le plus grand cherche sa virilité dans la violence tandis que le plus jeune trouve refuge auprès d’un puits habité par l’étrange confident Lucero. A mesure que la tempête approche, la tension à la maison s’accroit. Les lames de couteaux qu’on aiguise, les poulets qu’on égorge et le secret de Bolivia pèsent lourd sur la famille. Désarmé, Reiderico fait appel à celui qui depuis le puits ne rêve que d’en sortir et d’usurper sa place, juste le temps de résoudre ce qui cloche ici, ditil. Mais au loin, les lumières de Ville scintillent comme la promesse d’un ailleurs salvateur et l’on est plus tout à fait sûr de vouloir redescendre parmi les objets jetés au fond du trou. L’écriture de Jorge Igancio Cortiñas fait écho à la littérature sud-américaine d’un Gabriel Garcia Marquez explorant la dimension magique et poétique qui surgit dans la trajectoire de ses personnages. Le réalisme tordu laisse alors place à la beauté de l’irrationnel et à sa capacité à traduire la part indicible de nos vies.

 

American dream de Nicoleta ESINENCU
Texte traduit du roumain (Moldavie) par Alexandra Lazarescou et Baptiste Mallek.

>> le 30 mai à 20h00 Avec Sarah Barrau, Magali Mougel et la participation de Nicoleta Esinencu et du musicien Laurent Buisson. Mise en lecture Sophie Vaude

Tatiana Miron est étudiante en art et rêve de découvrir les Etats-Unis. En postulant avec succès à un programme de séjour outreatlantique, elle a tôt fait de comprendre que derrière une publicité aussi sexy que mensongère se cache une réalité désenchantée, à commencer par la nécessité d’emprunter à ses parents un argent destiné à couvrir les « autres frais » à sa charge. Dès lors s’enchainent les déconvenues et les situations confinant à la farce : entretien grotesque, expérience locale peu probante, retour au pays, travail clandestin en Russie pour rembourser sa dette… Le fantasme du rêve américain y survit difficilement. Avec le Monopoly pour toile de fond, sont à vendre dans cette version du jeu des valeurs (la liberté, la démocratie) autant que des nations (la Moldavie, l’Ukraine) : le tout à prix cassés ! Le rire et la critique se côtoient de près chez Nicoleta Esinencu, conférant à la pièce une démesure jubilatoire et foncièrement provocatrice.

Autrice en résidence à Grenoble. Coréalisation MC2:Grenoble/Troisième bureau.

 

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas de Julie AMINTHE
Editions Quartett, 2014.

>> le 31 mai à 20h00. Avec Pauline Dau, Philippe Girard, Élisabeth Mazev, Anthony Roullier. Mise en scène Thibault Rossigneux Compagnie Le sens des mots

Les Lemorand forment en apparence une petite tribu stable et soudée. Barbara et Victor assurent le rôle des parents, Justine et Gabriel quant à eux endossent la partie progéniture. Pourtant, dans le huis-clos du foyer quelque chose cloche sérieusement. L’obsession du père pour la propreté absolue, la ritournelle de la mère à propos de ce « vrai repas » qu’elle prépare à ses proches et le désir de fuite d’adolescents à l’étroit dans la vie qu’on leur propose, font grimacer le portrait de la famille idéale. L’écriture de Julie Aminthe donne ici lieu à une comédie grinçante où s’explore la cellule familiale et son organicité parfois bouleversée et mise à mal par une réalité extérieure ombrageuse. Ce repas dont il est question – lequel doit être gras, riche, nous dit la mère – et qui ne vient jamais, ressemble à une tentative désespérée pour sauver, au-delà du rituel, ce qui reste des repères familiaux et des promesses de refuge qu’ils sont censés garantir. Clowns malgré eux, les personnages peints par l’autrice sont cruels et névrosés à n’en pas douter, parfaitement attachants malgré tout.

Autrice en résidence. Lecture-spectacle programmée en partenariat avec le Tricycle