Les textes du festival 19

Tout ca, tout ca de Gwendoline Soublin (France)
Éditions Espaces 34 – Théâtre Jeunesse La pièce a reçu l’aide à la création d’Artcena en 2017

C’est l’été. La radio crie ses scoops. La télé compile ses buzz. Ehsan, douze ans, a disparu. Un petit mot posé sur son lit dit son encombrement face à un monde où la banquise fond, où les ours blancs vivent dans les hypermarchés et où les terroristes mitraillent. Sa petite sœur Chalipa, Samantha la baby-sitter, ainsi que deux alliés de choix, le tout petit Nelson et le débonnaire Salvador, cherchent à le retrouver. Ils se livrent à une enquête imaginant Eshan enfermé dans le bunker du jardin de sa maison ou, pire, ayant définitivement dit ciao au monde. Comment le retrouver avant de devoir prévenir les adultes ? Un texte vif, joyeux, et parfois grave, transcendé par la force du collectif.

Lecture le mercredi 15 mai à 15h au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Sarah Barrau, Anne Castillo, Fabienne Courvoisier, Stéphane Czopek, Anthony Gambin, Mouradi Mchinda, Colin Melquiond, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Philippe Saint-Pierre mise en voix Grégory Faive

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Sisyphe et Sisyphe  de Fabrice Melquiot (France)
Commande d’écriture de Troisième bureau.
La scène se passe au fin fond de deux cœurs qui ont encore peu servi. […] Combien de tables à renverser, de rues à explorer, de rivières à traverser, combien de collines à gravir, de pentes à dévaler, pour qu’une fille et un garçon construisent ensemble une déclaration d’amour d’au moins 150 mots, qu’ils tentent de domestiquer leurs pieds, de se regarder sans défiance, ni hésitation, avec assez de loyauté l’un envers l’autre pour fabriquer, à quatre mains, une minute d’amour possible.
Par où passer ? se demande Karim, pour atteindre Alicia. 

Lecture le mercredi 15 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec les élèves du lycée Argouges mise en voix Florent Barret-Boisbertrand

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Loud de Pierre Koestel (France)
Loud c’est l’histoire de Kiddo, un jeune garçon qui rêve de devenir une « superstrass » de la musique. Il s’imagine acclamé par la foule du Stade de France, aimé des autres et de lui-même. Mais en attendant sa réalité n’est pas aussi souriante et scintillante. Sa voix « aigruë » n’est pas assez puissante, pas virile comme il faut, alors on se moque de lui, et plus encore. Faut-il se conformer à des modèles imposés par la société pour recevoir l’estime des autres ? Comment tracer sa propre voie sans compromettre qui l’on est ? Ce sont quelques-unes des questions que pose l’auteur à travers cette trajectoire adolescente en forme de récit initiatique. Il est bousculé Kiddo, par son entourage et par le regard dur qu’il porte sur ce qu’il est ou devrait être. Mais dans cette bousculade propre à cette période de la vie, il y a Billy Wisdom, son « coach » et narrateur, sorte de garde-fou, d’aiguilleur à la langue bien pendue. Et puis il y a cette autre langue déployée par Pierre Koestel, inventive, modulable et poétique comme un geste d’irrévérence et de liberté.

Lecture le mercredi 15 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Sarah Barrau, Anne Castillo, Fabienne Courvoisier, Stéphane Czopek, Anthony Gambin, Mouradi Mchinda, Colin Melquiond, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Philippe Saint-Pierre mise en voix Grégory Faive

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Batracien·ne·s  de Julie Rosselo-Rochet (France)
Commande d’écriture de Troisième bureau.
Dans un couloir du lycée, des élèves de première s’affairent dans la confection de pancartes en vue de la manif pour la sauver la planète sur lesquelles on peut lire « nique ta mer » ; l’iceberg ce n’est pas que de la salade » ; « l’adulte, c’est qui ? » ; « sauver les ours polaires pas les actionnaires », tandis que d’autres, des textes à la main, révisent. Des secondes arrivent et s’enquièrent des auteurs au programme, curieux de ce qui les attendra dans un an à l’épreuve du bac de français : quasi que des hommes ! Où sont les femmes ? Seraient-elles devenues invisibles au fil des décennies ? Où est l’urgence ?

Lecture le jeudi 16 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec les élèves du lycée du Edouard Hérriot à Voiron mise en voix Florent Barret-Boisbertrand

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Amsterdam de Maya Arad-Yasur (Israël)
Traduit par Laurence Sendrowicz, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez

Amsterdam, Pays-Bas, de nos jours. Au commencement de cette pièce une facture de gaz non réglée datant de 1944. L’actuelle locataire de l’appartement, une violoniste israélienne, refuse de la payer et c’est le début d’une remontée dans le temps à travers l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, de l’occupation allemande, de la collaboration, de la résistance et de la spoliation des juifs. Au lieu de personnages, des voix racontent, commentent et animent ce théâtre-récit qui s’essaie à retracer le cours des événements. Mais le temps a passé et la mémoire collective se teinte d’incertitudes, de trous béants et de témoignages contradictoires. À la manière d’une enquête policière mêlant l’intime de trajectoires individuelles à l’histoire de l’Europe, Amsterdam entre dans cet immeuble et ses appartements, ses racontars et ses non-dits pour s’apercevoir qu’il contient en lui toute la charge d’un monument historique. Et de nous rappeler que l’antisémitisme est encore loin d’être une affaire classée dans les musées.

Lecture le jeudi 16 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Thierry Blanc, Anne Castillo, Léo Ferber et Sylvie Jobert mise en voix Thierry Blanc et Sylvie Jobert

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L’’enfant qui ne voulait pas  de Samuel Gallet (France)
Commande d’écriture de Troisième bureau.
Un camp de réfugiés quelque part dans un pays en guerre. Une jeune femme enceinte. Malgré les difficultés, malgré la menace permanente d’un anéantissement, elle est heureuse, elle va avoir un enfant. Les mois passent, la grossesse arrive à son terme… Elle est heureuse, mais l’enfant ne veut pas sortir…

Lecture le jeudi 16 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec les élèves du lycée du Edouard Hérriot à Voiron mise en voix Florent Barret-Boisbertrand

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lapider marie de debbie tucker green (Angleterre)
Traduit par Emmanuel Gaillot, Blandine Pélissier et Kelly Rivière, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez

lapider marie entrecroise quatre histoires, quatre temporalités, dont les points de contact sont révélés au fil des scènes. Un couple s’affronte pour désigner lequel des deux bénéficiera de l’unique traitement contre le Sida auquel ils aient accès ; des parents se déchirent dans de féroces dialogues sur l’enlèvement de leur fils ; deux sœurs sont face à face au parloir de la prison peu avant la peine capitale pour la cadette ; un enfant-soldat revient pour tuer et noue tous les tragiques destins de cette histoire. L’autrice place aux côtés des personnages leurs « ego » qui commentent et prolongent paroles et situations, telles des voix intérieures incapables de trouver le chemin de la sortie. Tous les ingrédients sont là pour planter le décor d’une histoire et d’une géographie africaine. Pourtant debbie tucker green précise dès les premières lignes qu’il faudra des acteurs blancs, que la pièce se déroule dans le pays où elle est jouée : pour l’heure donc à Grenoble, en Occident. Cette déterritorialisation de l’horreur et de l’injustice nous invite à interroger notre degré d’empathie, d’indifférence et de considération à l’égard de réalités dont il est trop facile de dire qu’elles ne nous concernent pas. On ne peut s’empêcher de voir en debbie tucker green une héritière des dramaturges Edward Bond ou Sarah Kane.

Lecture le vendredi 17 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Bryan Ballet, Sarah Barrau, Thierry Blanc, Marie Bonnet, Stéphane Czopek, Chloé Dartiguelongue, Gregory Faive, Leo Ferber, Niels Herzhaft, Danièle Klein, Claire Mattina mise en voix Sylvie Jobert

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62 grammes  de Gwendoline Soublin (France)
Commande d’écriture de Troisième bureau.
Partir loin de chez elle, en Espagne par exemple, c’est le rêve d’Alicia depuis qu’elle est toute petite. Mais pour ça, il faut des sous, des pépètes, du flouze quoi. L’occasion se présente un jour, enfin une nuit, sous la forme d’un petit caillou de 62 grammes, mais pas n’importe quel caillou. Alors, avec Karim, celui qi a toujours un peu la tête dans les étoiles, elle décide…

Lecture le samedi 18 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec les élèves du lycée du Eaux-Calires à Grenoble mise en voix Grégory Faive

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Cingléee de Céline Delbecq (Belgique)
Depuis que Marta Mendes est tombée sur un article relatant le « premier » meurtre d’une femme de l’année 2017 en Belgique, elle passe ses journées à dépouiller les journaux en quête fébrile de ceux qui suivront. Devant la liste qui s’allonge irrémédiablement et dont elle tient le registre jour après jour, devant les boîtes d’archives qui s’empilent, Marta ne voit d’autre choix que d’écrire au Roi Philippe de Belgique qui, elle en est sûre, saura mettre un terme à cette situation qui la rend malade. « Quand on lit un article, c’est un fait divers. Mais quand on regarde les caisses, c’est un génocide. » Cette pièce trace le parcours de combattant d’une résistante gagnée par la folie d’un monde qui refuse de voir, de reconnaître et d’agir. Son combat, et vraisemblablement celui de Céline Delbecq à ses côtés, est aussi celui du vocabulaire, des mots utilisés par les médias pour parler de ces féminicides dont on ne dit pas le nom. C’est un texte puissant, fort et franc qui ne se résigne pourtant pas à un constat sans issue. D’autres personnages sont là, tout autour, qui ouvrent à des lendemains qui bougent…

Lecture le samedi 18 mai à 15h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Sylvie Jobert et Stéphane Czopek mise en voix Marie-Sohna Condé

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Les Inamovibles de Sèdrjo Giovanni Houansou (Bénin)
Prix RFI du Théâtre, 2019

« Nothing’s land », lieu du rien, du vide et de l’absence. Mariame et Amadou y attendent le retour de leurs fils, Malick et Amine, partis en exil au-delà de la Méditerranée, sans jamais quitter des yeux ce phare à l’horizon qui matérialise toute leur espérance. Le jeune Amine vient tout juste de s’en aller tandis que Malick est parti il y a bien longtemps déjà. A leurs côtés se font entendre les « jeunesses » et les « colères » – ces chœurs d’espoir et de misère dont les voix s’élèvent de la terre et de la mer. Sèdrjo Giovanni Houanson s’attache au sort réservé à ces hommes et ces femmes qui choisissent de rentrer, de revenir sur leurs pas au péril de leur vie une seconde fois. « Il y a un protocole de retour » assène un garde-frontière. Si le désir et l’espoir qui poussent les migrants à quitter leur pays est un geste héroïque et porteur d’une force imaginative incroyable – comme nous le rappelle Marielle Macé dans son essai Sidérer, considérer –, le retour est un autre chemin de croix dont on ne parle quasiment pas.

Lecture le samedi 8 mai à 20h45 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Marie Champion, Adèle Christin, Marie-Sohna Condé, Stéphane Czopek, Niels Herzhaft, Mouradi Mchinda, Renan Moriset, Goeffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Pauline Tonnot mise en voix Léo Ferber

 

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Snorkel de Albert Boronat (Espagne)
Traduit par Marion Cousin, Actualités Éditions, 2018

Imaginez un lac de montagne aux abords duquel un auteur – Albert Boronat – aurait disposé plusieurs personnages les uns à côté des autres sans liens apparents pour les unir. On y croise un homme cherchant la méditation pour fuir sa « vie conne », une polytoxicomane à qui on pense que ça ferait du bien de prendre l’air, un amateur de la pratique du masque et de tubas (le snorkel), un peintre danois qui se fait passer pour norvégien, des déchets plastiques qui ont la parole, un PHFP (profil humain futur parfait) qui s’apprête à décoller pour mars… Chacun d’où il est exprime la vision d’un monde atomisé qui ne tourne pas rond. Refuge impossible, le lac se fait le reflet des névroses, des absurdités et des impasses de la vie moderne et de ses mythes. Avec un humour acide, cruel et déjanté, Snorkel pourrait être sous-titrée « expérience biologique d’un écosystème à la dérive » tant l’auteur semble regarder ses personnages et leurs comportements à travers l’œilleton grossissant d’un microscope.

Lecture le dimanche 19 mai à 17h au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Sylvie Jobert, Marie-Sohna Condé, Sarah Barrau, Anthony Gambin, Renan Moriset mise en voix Grégory Faive

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Il faudrait sortir le chien de Tomislav Zajec (Croatie)
Traduit par Karine Samardžija, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Éditions L’Espace d’un instant, 2018

Une journée, trois personnages, un chien, de la pluie et l’immensité qui se lit dans l’infime des relations humaines : ainsi pourrait se résumer la pièce de Tomislav Zajec. Un homme et une femme qui se sont quittés se retrouvent sous un abribus. Elle pourra peut-être l’aider à choisir la cravate qu’il doit acheter pour son père. Le père, traducteur, doit recevoir un prix prestigieux pour récompenser sa carrière. Mais la chaudière qui coince et la baignoire qui glisse ne promettent rien. De l’appartement du père à la rue où l’homme et son ex-compagne se rencontrent, les relations se déplient en des dialogues qui traduisent la difficulté à exprimer l’essentiel. Annoncer la maladie, dire l’amour qui n’en était peut-être pas, entendre ce que les autres cherchent à partager, ou simplement se demander qui sortira le chien quand on ne sera plus, autant de questions mêlant le dérisoire à l’existentiel. C’est dans ce théâtre de l’ordinaire que le lecteur/spectateur est invité à entrer à petits pas, où l’on découvre des vies discrètes faites de bosses et de fêlures, et d’humour aussi.

Lecture le dimanche 19 mai à 19h30 au Nouveau-Théâtre-Sainte-Marie-d’en-Bas
Avec Stéphane Czopek, Leo Ferber et Bernard Garnier mise en voix Thierry Blanc