ÉDITO – festival 19

festival regards croises 19e édition 15 >19 mai

EDITO

 

“ Non, c’est non ! ”

Les moustaches frisent, les sourcils se crispent, les bouches soupirent, et ça maugrée blasé, “on la connaît la chanson”, une ritournelle, une variation qui revient, un couplet, un refrain sans fin, un slogan scandé des bancs du bac à sable jusque sous les balcons de l’Élysée, sale rengaine, complainte qui revient comme les crocus au printemps. Ben oui, « Non, c’est non », on le sait ça, une phrase simple, une règle non négociable que l’on prononce à son chien pour lui apprendre à rester à sa place, une règle non négociable que l’on pose aux enfants pour les dissuader de jouer avec le feu, une règle quoi. Il n’y aurait donc pas lieu de disserter. Lorsque je dis non, c’est non !

 

“ Non, c’est non ! ”

Les moustaches frisent, les sourcils se crispent, les bouches maugrée, “quel toupet !”, inélégance, “comme est-ce possible ?”, refuser, décliner la proposition, “enfin quand même, je sais ce qui est bon”, “bon pour le moral”, “un peu de savoir vivre”, “il faut savoir faire des compromis”.

Je dis non et voici que ce qui était une affirmation non négociable devient une conditionnelle qui me place en sursis mise à l’épreuve. “Vas-y prouve, prouve que c’est non ! Prouve que tu as raison de dire non ! Laisse tomber c’est des ploucs, ça dit non mais ça n’en pense pas moins.”

Quand je dis non je deviens suspecte, suspectée d’enfreindre la règle, la loi sociale, une maladie ! On disserte alors sur le syndrome oppositionnel. “Allons bon, ça a toujours marché comme ça, quand on dit non, on dit oui”, dirait l’autre.

Oui c’est bien enquiquinant à l’ère du tout relatif, à l’ère du “je dis ça, je dis rien, ou autre chose, ou ce que tu veux” d’affirmer que non, quelque soit son contexte d’énonciation, ce mot n’est pas seulement un auxiliaire du refus, MAIS UNE LIGNE DE DÉMARCATION, UN STOP, UN ARRÊT NET QUI DEVRAIT NOUS AMENER À REPENSER UNE TRIPOTÉE DE CHOSES. RIEN NE VA DE SOI ! et pourtant

Nécessairement, je suis obligée de convoquer qu’Un an et demi après l’automne 2017 qui a vu naître le mouvement #metoo, chaque coin et recoin des institutions et autres appareils idéologiques d’Etat (de l’Assemblées aux théâtres en passant par le 36 quai des Orfèvres ) n’ont pas cessé de s’engoncer et de s’auto-asphyxier dans un fonctionnement séculaire déplorable et indigeste qui continue à faire appliquer en toute simplicité un système violent qui condamnent des femmes, principalement, dénonçant les abus de pouvoir et cette sale règle qui fait de celles (et ceux) qui disent non les principales suspectes.

De la personne lanceuse d’alerte à la personne harcelée, agressée sexuellement, frappées, humiliées, violée, celle qui dit non et dénonce, finit toujours par devenir la coupable même lorsqu’elle est retrouvée morte au pied d’un HLM.

Nous sommes très fort pour maintenir celui qui a le pouvoir et lui trouver des circonstances atténuantes.

Nous avons besoin d’autres modèles. Des modèles qui mettent au jour, que s’opposer à l’ordre établi ne nous fera pas mourir mais nous rendra plus fort.
Je reprends les mots de Audre Lorde “Votre silence ne nous protègera pas.”

Pour cette nouvelle édition du festival Regards Croisés, nous avons posé comme une nécessité de défendre que chaque non proclamé est une invitation à reconfigurer le sensible et ce, politiquement, économiquement, éthiquement et déontologiquement.

Pas de didactisme, pas de dénonciation ad ominem, seulement la remise en question poétique mais radicale d’un monde fatigué. Ici ce qui est d’ordinaire méprisé et considéré comme sans voix, sans son, sans intérêt est HABILITÉ !

Magali Mougel
pins

Tout un PROGRAMME !
pins