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Heure :
–
Lieu de travail :
Théâtre 145, Grenoble

UN TEXTE DE CLÉA BONNARD

« Mon frère sale pd ki zont dit. Izon pas compris ton prénom. “Raphaël”, rien à voir. Izon mélangé. Mélanger de l’enfer avec de l’enfer, ça fait de l’enfermement. »

Un homme, jeune, nous parle de Raphaël, son frère harcelé parce qu’amoureux des hommes.

Dans la famille, ils sont quatre : la mère, le père, le fils aîné et le cadet. C’est par ce dernier que l’on découvre au fil du récit de ses souvenirs d’enfance dans la maison familiale, « la maison en creux », que son frère Raphaël souffre. Ces différentes crises provoquent au sein du cocon familial doutes, inquiétudes et interrogations. Comment aider ce frère qui va mal et comment vivre avec ?

C’est tendre, doux et violent à la fois. Un texte lumineux plein de pudeur.

Texte Cléa Bonnard.
Mise en lecture Léo Ferber.

Avec Samuel Martin
et Grégoire Vauquois à la basse


Extrait : 

QUELQU’UN. “Sale pd. Boh alors oui. Boh alors non. Boh alors peut-être. Boh alors mourir. Boh alors s’en faire. Du mouron. Mon frère sale pd ki zont dit. Izon pas compris ton prénom. “Raphaël”, rien à voir. Izon mélangé. Mélanger de l’enfer avec de l’enfer, ça fait de l’enfermement. Man-man. Mo-man. Maman comprend pas pourquoi tu restes dedans. C’t’à cause du cri de l’autre ka cru savoir mais qui sait rien du tout. Surtout po’ que dieu est dans ton nom. Raphaël. Je t’encercle de loin avec ma carte magique “cercle de feu”. Qu’envoie aux cendres les pas beaux démons, pas beau de dire ça, mon frère “Sale pd”. Et puis encore. Et puis quoi d’autre mon corps. Peut durer, peut endurer. La mort du frère. Tu crois qu’il peut faire ça mon corps, endurer la mort du frère ? Pd et je te crève les yeux. Pd et je te casse les mains. Doigt d’honneur dans la gorge, à la limite du fois gras humain. Peut pas me parler mon frère, il a doigt d’honneur enfoncé de l’indignité de l’autre qu’on lui a placé dans le chakra firmament. Trop longtemps que j’vois sans même qu’il dise. Trop tard pour cramer le méchant car il est dans le langage. J’propose d’arrêter de parler comme il fait Raphaël il parle plus comme ça il insulte rien. Dans le silence on insulte rien aussi comme on peut insulter beaucoup. Insulte pas mon frere parcequ’il est pd. Ça a pas de sens. Vraiment pas, pour le cou. Ca mérite pas de le pendre. C’est comme un détail. Il a tué mon frère pour un détail. Mais dieu est peut être sûrement, et toujours dans ton nom. Moi je vois l’auréole au-dessus de sa tête, quand il évite mon regard c’est presque comme un vitrail emeraude. Pourquoi croire que chui candide. Alors que je visite l’enfer dans l’émeraude de l’enfance perdue. Combien de paysages s’effacent à chaque pd qui se lâche. Aaaahh. A chaque grand arbre qui tombe quand l’autre a la. A la langue qui succombe, dans le pire gravier du pur vulgaire. J’ai à faire. Pour mon frère. Je dois dire. Qu’il est là-bas. D’accord Il est là-bas. Toi, t’as tiré sur mon frère sans t’occuper du corps qui reste. Alors moi je sépulture. Je sépulture pour pd de mon frère. Yeux émeraude de ses yeux en fuite. Avec des, avec. Je sépulture pour je toi Raphaël avec des fleurs du ciel. Celles là les plus belles. Je requiem. Je joyau vers toi. Je avalanche feuille d’or pour toi. Je te commémore. De mon eden à ton enfer. Ya comme des étages pareils. Papier peint lys bleu surtout ya une relique entre nous deux. Filiation. Mon ange déchu. Je t’ai pas toujours cru. T’as pris le visage du menteur. T’as peur d’oublier pourquoi t’es né. Pas pour chuter. Ça a aucun sens. Vraiment faut arrêter les choses comme ça qu’ont pas de sens. Y’en a qu’un c’est de s’élever. Élévation. Je te élévation mon frère. Suis-moi. On va haut au-dessus des nuages. A côté de la voûte céleste. Pas de vocabulaire acier. C’est duveteux. Promis Raphaël. C’est duveteux l’endroit qui t’appelle. Pas l’inverse. C’est duveteux ce pourquoi t’es né. Duveteux poème juré sur mon frère labyrinthement loin de moi. Ravissement. Ravissement. Ravissement. On va con/ juguer con/jurer con/juguer. Je ravissement. Tu ravissement. Iel ravissement. Nous ravissement. Vous ravissement. Iels ravissement. Ravissement. Merde.
Change tout. Hante-nous. Ravissement. Pour mon frère.“

Ouais voilà c’était ça. Tout ça, le poème que je disais dans la salle de bain. Enfin un lieu où j’étais seul, enfin un lieu en moi, en fait dans ma tête, un lieu où je sauve les choses par les mots, un lieu dans la tête, une pièce dans la maison. Qu’importe je me récitais ce poème inlassablement, comme un héros de la justice par le verbe. Comme un infirmier aux soins palliatifs de l’imaginaire, voilà c’était ça, ce poème que je me récitais dans la tête ou à haute voix. Je réparais mon sale pd de frère. Dans ma tête.

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