L’AFFAIRE MAGNOLIA
UN TEXTE DE MAUD DE PALMA-DUQUET
Charles, qui préfère vapoter du cannabis qu’étudier, se fait virer de son lycée privé élitiste pour avoir dealé les anxiolytiques de sa mère. Au grand dam de cette dernière, il atterrit dans un lycée public – en grand manque de moyens bien sûr – et dont le toit s’est effondré.
Il y rencontre Adam, qui lui travaille dur et prépare en secret son discours pour le jour où il aura enfin la reconnaissance qu’il mérite. Et il y a la cousine d’Adam, Inès, un peu contre toute forme de règles et d’autorité. Elle vit chez sa grand-mère, et braque des voitures la nuit.
Un soir, un peu défoncés sous l’influence de champignons magiques, Adam et Charles coupent pour s’amuser un arbre dans le magnifique jardin de la mère de ce dernier. Et le lendemain, ils vont recommencer. Inès les rejoint et politise leur connerie : c’est le début de la Cellule Magnolia, qui coupe les arbres dans les quartiers riches pour exiger qu’on en plante dans les quartiers défavorisés – tout ceci se passant pendant une vague de canicule exceptionnelle où l’on meurt littéralement de chaud. C’est le début d’une histoire d’amitié, d’amour aussi, et d’émancipation.
Texte de Maud de Palma-Duquet
Mise en lecture Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc.
Avec Sarah Barrau, Lily Bonnand, Grégory Faive, Hélène Gratet, Clément Jean-Baptiste, Kiméo Mathieu Butos, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc
Extrait :
L’histoire commence à la fin du mois de mars et termine à la fin du mois de juin. Une canicule exceptionnelle frappe la ville.
SCÈNE 1
Bureau du directeur du Collège Alpha. On entend le chant assourdissant des cigales caniculaires.
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
(Criant à l’intention de sa secrétaire située dans la pièce adjacente) Louise ! Est-ce que c’est possible de fermer la fenêtre ?! On s’entend pas là !
(À la mère de Charles) Ça fait une semaine qu’on a l’impression de cohabiter avec des scies rondes, c’est vraiment pénible. En plus, y paraît que c’est pas normal. J’veux dire, entendre les cigales aussi tôt. Sont pas supposées se mettre à chanter avant la mi-juillet. Mais bon, vous me direz qu’y est pas supposé faire quarante-cinq un 31 mars non plus…
Enfin.
Vous disiez…
LA MÈRE DE CHARLES
Que Charles regrette et que je peux vous assurer que ça se reproduira plus.
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
Oui, heu… Je suis désolé, mais la vente de stupéfiant, c’est tolérance zéro au Collège Alpha.
LA MÈRE DE CHARLES
« La vente de stupéfiant » ? Vous exagérez pas un petit peu là ? Y a vendu une couple d’Ativans à deux-trois de ses amis…
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
De la drogue, c’est de la drogue.
LA MÈRE DE CHARLES
Y les a pas achetés aux Hells, c’est mes Ativans !
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
Madame Sauvé/
LA MÈRE DE CHARLES
32 600 dollars.
Ça nous a coûté 32 600 dollars envoyer Charles ici pendant 5 ans. Me semble que ça doit ben racheter une couple de petites niaiseries d’adolescent, 32 600 dollars ?
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
C’est pas comme ça que ça fonctionne, malheureusement.
LA MÈRE DE CHARLES
Y lui reste trois mois… Y a quasiment fini son secondaire !
(Le directeur reste silencieux.)
Ok, pis ceux qui les ont achetés ses Ativans ? Gabriel, Auguste, pis l’autre là… Paul ? Y arrive quoi avec eux?
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
Je peux pas discuter du cas des autres étudiants avec vous. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’y vont avoir des conséquences… mais chaque dossier est différent.
Dans le cas de votre fils, on n’en est pas à sa première offense…
LA MÈRE DE CHARLES
Comment ça « pas sa première offense » ?
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
L’année dernière. Le pain aux bananes.
LA MÈRE DE CHARLES
Vous allez pas recommencer avec le pain aux bananes ! Je vous l’ai déjà expliqué, c’était un accident. C’est mon erreur. C’est moi qui ai fait le pain aux bananes. J’ai voulu mettre de l’extrait de vanille, j’ai été distraite pis j’ai pris mon huile de cannabis.
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
…
LA MÈRE DE CHARLES
Les bouteilles se ressemblent.
LE DIRECTEUR DU COLLÈGE
…
LA MÈRE DE CHARLES
Je trouve ça important que Charles souligne le travail de vos enseignants en leur offrant un petit quelque chose aux fêtes. Pouvez-vous vraiment blâmer mon fils pour ça ?
