Les lycéens au Grand Théâtre

Prix Naomi Wallace

Depuis vingt-cinq ans le collectif Troisième bureau accompagne des lycéen·nes dans la découverte et la lecture des dramaturgies contemporaines. Le théâtre parle aux adolescents de leur quotidien, du monde, et de tout ce qu’ils découvrent à cet âge où c’est si crucial. Étudier les textes des auteur·ices vivant·es offre la possibilité rare d’un échange avec celui qui a produit ce que les élèves ont tenté d’appréhender. La littérature, plus qu’un simple objet d’étude scolaire, devient une occasion de rencontres et d’apprentissages humains.

Bonjour à vous toutes et tous,
Je suis désolée de ne pas pouvoir être là avec vous, mais je voulais vous dire quelques mots. […] J’ai lu les synopsis des trois pièces et je suis heureuse de voir que ce sont toutes des pièces « engagées », traitant de différentes questions de genre et de violence, et de la manière dont le corps survit à l’oppression et à la punition, et résiste à sa diminution à travers la puissance collective et les liens d’amour.
Un merci tout particulier aux jeunes ici qui ont choisi ces pièces et qui tiennent à leur monde et comprennent que le théâtre a le pouvoir de nous changer, de nous inviter à résister, pas seulement à une violence générique, mais à la violence du capitalisme, du colonialisme et de l’écocide. […] Ne laissez pas les maîtres de la guerre et de l’oppression voler et détruire ce monde, parce que c’est votre monde. Alors reprenez-le, faites du bruit, résistez, créez, montez sur scène, écrivez, dites-nous ce que vous avez dans le cœur. Ce sont ces actes-là qui donnent sens à notre vie. […] Créez du théâtre. 

Naomi Wallace, traduit de l’anglais par Dominique Hollier

©Jean-Pierre Angei

Les nominés 2026

Méduses
Mélie Néel

« C’est un jour d’automne ou peut-être de printemps, dehors il fait gris comme il fait toujours gris en automne ou peut-être au printemps, le ciel est écrasant comme le ciel est toujours écrasant en automne ou peut-être au printemps. C’est un jour d’automne ou peut-être de printemps et mettons que tu sois revenue là. Dans la ville. Mettons que tu aies déployé tes ailes. C’est un jour d’automne ou peut-être de printemps, il fait gris, le ciel est lourd, et tu fais tes courses à Monoprix. Mettons que tu gagnes assez bien ta vie pour faire tes courses à Monoprix. T’habites plus chez ta mère, tu as ton propre appartement dans un de ces immeubles tout neufs avec un balcon et un loyer que tu payes avec ton propre argent, tu as les clés de ton appartement et, sur tes clés, tu as le petit porte-clé rectangulaire qui est la carte de fidélité de Monoprix. En plus, tu aimes bien faire tes courses à Monoprix parce qu’ils font des jeux de mots marrants sur leurs emballages alors on passe toujours un bon moment quand on va faire ses courses.

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« Jeu set et mâche. » Pour de la salade. C’est pas mal. T’es là, entre le rayon « produits d’hygiène » et le rayon « boîtes de conserve et bouffe pour animaux ». T’as ton grand sac devant toi, celui que tu prends toujours pour aller faire les courses à Monoprix et passer un bon moment, et t’attrapes un lot de rouleaux de papier toilette. Et tu sais comme c’est gênant d’acheter du papier toilette, tout le monde en achète mais personne va le hurler haut et fort, le papier toilette il faut le mettre au milieu sur le tapis roulant, pas au début parce que le client d’avant le remarquera, pas à la fin parce que le client d’après le remarquera, non, au milieu, pour que ça passe tranquillement sans que personne ne se dise « eh, elle achète du PQ ». Pourquoi c’est si honteux, c’est quand même stupide, c’est quand même le strict minimum de l’hygiène d’acheter du papier toilette, c’est quand même la base de la civilisation. Bref. T’es là, ton paquet de six rouleaux garanti 100 % douceur entre les mains, tu t’apprêtes à le mettre dans ton grand sac, et tu relèves la tête. »

De l’autre côté du trou noir

1 ____

– Pourquoi avoir jeté votre enfant par la fenêtre ?
– Il y avait une porte.
– Une porte ?
– Oui, une porte dans les airs. Et elle s’est ouverte. Et je voulais le sauver de la destruction.
– En le jetant par la fenêtre du huitième étage ?
– Quand la porte s’est ouverte, j’ai su que c’était la porte pour un univers parallèle.
– Lors de votre première déclaration Madame, vous n’avez pas mentionné cet univers parallèle, pourquoi venir maintenant nous raconter une histoire de porte dans les airs ?
– Est-ce que vous pensez que nous allons sauver notre monde ?
– Ce n’est pas le sujet.

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– Est-ce que vous pensez que nous allons réussir à éviter la catastrophe ?
– On va reprendre.
– Est-ce que vous pensez qu’il y a une issue ?
– C’est moi qui pose les questions.
– Je voulais sauver mon enfant. J’avais peur. J’avais toujours l’impression que la planète était en train de devenir une gigantesque boule de lave en fusion.
– Vous êtes accusée d’infanticide, Madame.
– Il existe d’autres mondes et parfois simplement dans l’air ou dans le vent, simplement dans la lumière, vous pouvez deviner un passage et moi j’ai vu le passage dans l’air apparaître et la porte lumineuse s’ouvrir et j’ai sauvé mon enfant.
– Comment était cette porte ?
– Normale.
– Rectangulaire ?
– Oui.
– Quelle couleur ?
– Elle était bleue et elle se découpait sur le ciel. Elle était bleue et dorée.
– Et elle s’est ouverte d’un coup ?
– Oui.
– Et il y avait quelqu’un ?
– Quelqu’un quoi ?
– Quelqu’un a-t-il ouvert la porte ? Vous avez vu quelqu’un ?
– Non.
– Donc la porte s’est ouverte toute seule et vous avez pris votre petit garçon et vous l’avez lancé dans les airs.
– Exactement.
– Et pourquoi l’avoir habillé avec une combinaison spatiale ?
– À cause des radiations.
– Il y a des radiations dans le passage ?
– Je ne sais pas. Personne ne sait. Je ne voulais pas qu’il ait froid.
– Quelqu’un vous avait-il dit qu’il fallait lui en mettre une ?
– Non. C’était par précaution, pour le protéger au cas où.
– Vous lui avez mis la combinaison spatiale avec les gants et le casque et vous l’avez jeté par la fenêtre.
– Voilà. Je l’ai fait passer par la porte de l’univers parallèle, de l’autre côté du trou noir.

Couverture Le Pays Innocent

Le Pays Innocent
Samuel Gallet

Jusqu’à ce que le mur tienne
Julie Tirard

0.

heure : avant l’aube, ciel encore cendre
une partie du groupe entre

le matin je suis le premier à prendre la pelle
je ne prends pas la plus belle la plus propre la plus pratique
non
je prends la deuxième plus belle

je ne prends pas la nouvelle dont le manche lisse épargne
les mains
ne creuse pas de sillons
je prends la vieille
je serre le bois
c’est du chêne
je laisse le bois rougir ma paume brûler ma paume jusqu’à ce que la peau cède

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rougisse
blanchisse
que la peau se décolle doucement elle se détache comme la peau des mandarines
comme la peau des tomates dans le four
la chair affleure
la lymphe coule
le chêne absorbe
le chêne absorbe bien
le bois boit

LE BOIS BOIT

sur youtube la femme dit le bois boit et

               MAROUFLONS BÉBÉ
nous ne marouflons pas
nous construisons un mur
pour dom
dom dit

                                           c’est pour vous                                         que vous construisez ce mur
                                              pas pour moi

nous acquiesçons mais pensons
C’EST POUR TOI
c’est pour toi
que je construis ce mur
pour que demain tu sois fière
pour que ce soir en m’endormant
je pense

                                     dom sera fière de moi

je guette la fierté dans ses yeux
dans ses rides sur son front
dans son sourire
dans ses dents

quand dom me regarde
les gouttes sur mes tempes se retiennent
de couler
et mes larmes se retiennent de couler
j’oublie que j’ai mal
et la lymphe absorbée
la douleur qui dévale et fait glisser mes mains
qui se raccrochent au manche qui boit
la peau et la chair sous la peau

je regarde mes mains
je regarde le ciel
le soleil vient chasser les ombres

JE VIS

Les modalités du prix

Nous sollicitons onze maisons d’édition théâtrale pour qu’elles nous proposent chacune deux textes, afin de constituer un corpus parmi lequel le comité de lecture de Troisième bureau sélectionne trois textes que nous donnons à lire aux élèves. 

Les critères :
– des textes édités ces deux dernières années
– une parité autrices auteurs
– des textes tout public, qui posent des questionnements sociétaux et qui créent le débat.

Les maisons d’éditions partenaires :
Actes Sud-Papiers, Espaces 34, Espace d’un instant, Koïnè, L’Arche, L’Œil du Prince, Lansman, Les Bras Nus, Les Solitaires Intempestifs, Quartett, Théâtrales.

Troisième bureau et les lycées partenaires s’engagent dans l’acquisition de 180 livres qui viendront enrichir le fonds des CDI des établissements.

De janvier à avril, les élèves lisent les trois pièces, rédigent des notes de lecture et participent à trois séances de deux heures en demi-groupe sur chacun des textes pour faire un travail de comité et de mise en voix. Ils sont accompagnés par les  intervenant·es Sarah Barrau, Cécile Corbery, Aurore Desgranges, Grégory Faive, Sylvie Jobert, Danièle Klein, Samuel Martin, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, dans le travail de réflexion, d’analyse, de lecture et de mise en voix des textes.

Aboutissement des comités de lecture lycéens, le Prix Naomi Wallace est aussi un temps de rencontre exceptionnel avec les autrices et auteurs des trois textes en lice. Après lectures d’extraits par les élèves et échange durant une heure avec les auteurs et autrices, est dévoilé le texte lauréat du Prix Naomi Wallace. Le prix, désigné par le vote à bulletin secret des élèves, est remis dans le temps du festival, en présence des lycéennes et lycéens et des auteurs et autrices.

Notre partenaire institutionnel, la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon nous fait l’honneur de doter le prix d’une résidence d’écriture de deux semaines et Troisième bureau s’engage à financer la bourse de vie de l’auteur ou l’autrice à hauteur de mille euros.

La Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon

Dans la continuité de l’expérience “Lycéen·nes, acteur·ices du festival” engagée les années précédentes, nous proposons aux volontaires de participer aux levers de rideaux. Les élèves lisent en ouverture des soirées du festival des pièces courtes choisies parmi un corpus de 31 pièces commandées à des auteurices de 2017 à 2024 et éditées chez Théâtrales Jeunesse en partenariat avec Troisième bureau sous l’intitulé TROISIÈME REGARD.

Les lauréat·es du prix Naomi Wallace

Grégoire Vauquois au micro
Mélie Néel avec le bulletin gagnant

Sit Jikaer
Grégoire Vauquois
2025

Méduses
Mélie Néel
2026

Retour en images

Le Prix Naomi Wallace intègre le réseau Propulsions. Initié par la compagnie Ariadne, ce réseau rassemble différents prix autour de la nécessité de se mettre en réseau pour que ces pièces rencontrent les professionnel·les susceptibles de les mener jusqu’au plateau.

Les partenaires du prix